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Chants

 

Le ruisseau coule
de Huanne, de Puessans.
Il effleure les roches
et il chante.

Il devine un ciel
à travers les arbres.
Sous les arbres luisent
ses remous.

Les ombres des arbres
tremblent sur sa fuite
comme un ciel de juin
comme une digitale.

 

 

Je rôde le long des saules.
Mon âme est loin des hommes.

Je vais le long d'une onde
qu'emplit le ciel des saules.

Les îles que longe l'onde
dérivent parmi le ciel.

Mes pas le long du ciel.

 

 

Le ciel est presque blanc.
Le pré sent la mélisse.
Le ruisseau passe.

Sur le coteau d'en face
campent les Assyriens.
On voit leur feux.

On entend leurs chevaux
hennir. Ils les retiennent.

Sans doute ils ont des ordres.
Leur dieu ne peut pas tout.

 

 

Le lierre est la lueur
du ciel sur la terre.
Si mes pieds le foulent
son odeur m'enivre.

Les dieux dont la face
était notre ciel
n'ont laissé de trace
que le lierre.

Le ciel sous mes pieds
si mes pieds l'écrasent...
Les dieux n'ont laissé
que le ciel.

 

 

Midi. Septembre.
Un coq chante au loin.
Un pommier ploie
tranquille sous sa charge.

Personne aux champs.
C'est dimanche.
Les pailles brisées brillent
sur le chemin.

Les brumes dorées dansent
sur l'horizon.
Les oiseaux se taisent
aux lisières, derrière
un frémissement de feuilles.

 

 

La noire maison
penchée vers l'arbre
écoute la brise
dire à la nuit
les feuilles qui dorment
dans l'odeur.

La noire fenêtre
épie les lueurs
que laisse la lune
au bord des nuées
quand les nuées cachent
la lune.

Si s'enhardissent
les souffles
un volet faiblement
bat la muraille
et fait se retourner
dans le feuillage
l'oiseau qui dort.

 

 

Extrait du livre de poèmes LA LUEUR DES JOURS

Editions Gallimard 1991




 

 

 


 

photo André Campos Rodriguez

photo André Campos Rodriguez

Tag(s) : #Poésie

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