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aux éditions La Centaurée avec des encres de Valérie Ghévart

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La plaquette est élégante, avec son format allongé et la couleur sable de la couverture, illustrée d'emblée par une belle encre de Valérie Ghévart : encres qui viennent tout le long de ce recueil aérer ses différentes parties, comme cherchant à les faire mieux vibrer dans l'écho quotidien... Elles me font penser par endroits à des tâches moléculaires et, à d'autres, à des empreintes végétales fossilisées ... Pourtant elles cherchent à épouser, malgré tout - ces  traces, ces empreintes et ces tâches - toute la résonance dégagée par le défilé des textes de Sandra Lillo... C'est une belle harmonie qui finit par s'établir ici entre les deux artistes : la plasticienne et la poète ...

Mais, dès le premier poème, sans aucune transition, on est comme aspiré dans une sorte de désenchantement, une mélancolie ou une déréliction : Tu regardes à travers le champ / des rues uniformes // ton désenchantement (...) / Ton besoin de stabilité te bride jusqu'à / l'asphyxie // Tu réalises une autre fois tes absences // combien de gestes de retour as-tu raté // avant de revenir à la surface. Il sera demandé au lecteur de garder courage, de ne pas sombrer dans "l'antre uniforme de l'ennui" ... car tous ces textes dessinent, peu à peu, comme une dramatique atmosphère de film en noir et blanc...

Le ton est donné pour ces "bancs des parcs" qui "sont vides en mars"...  Impression de grande solitude, malgré l'utilisation du tutoiement où l'on ne sait si l'auteure s'adresse à cette autre part d'elle même ou bien à la personne qui accompagne sa vie. "Parle-moi d'un endroit où l'on / n'entend pas // nos voix se donner au monde / où l'on ne baisse pas la tête / (...) / avant d'être obligé de dormir // quand le jour est aussi loin qu'un / autre pays. Il y a parfois un "nous" qui soudain apparait et un peu, il est vrai, de clarté  : "Nous attendons sur les côtes sauvages / l'arrivée de la lumière // Nous n'avons pas cessé de chercher/ jusqu'à trouver autre chose // que le cri le soulagement // le soubassement de la maison / l'intime dans le chaos // à l'extérieur.

Bon, au fil des textes qui s'égrènent il y a quand même une déclaration à la personne aimée : "Je t'aime quand le soir ne veut / rien dire // dans l'enfance impuissante à lutter. Mais aussi et aussitôt : "Je ne t'ai pas dit la pluie / le goût amer du café // les bateaux qui quittent les ports / dans la nuit // Tout parle de l'oubli le baiser / animal de l'absence.

Il y a par ailleurs quelques poèmes beaux, forts, et bien charpentés comme celui-ci que je vous présente :

On quitte la route un soir ordinaire
sans pouvoir y revenir

on essaie comme un mort noue
sa cravate devant le vide

comment se convaincre qu'une heure
suffit à laisser derrière

les pépinières sur le balcon
le pécule de nos sentiments

Comment dire la rupture de
la consolation

la parole est un drap mouillé
sur la peau

jusqu'à la lenteur brusque du désir
les doigts enfonçés

dans le terreau de l'origine

 

Je vous invite donc à lire ce beau et fort recueil, sans complaisances inutiles, de Sandra Lillo - en allant sur sa page Face Book pour le commander ...

Je ne cesse de le rabâcher : lisez les poètes en achetant leurs livres !
 

 

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