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photo André Campos Rodriguez

photo André Campos Rodriguez

 

 

 

Ici commence la frontière

Où la tribu des mots rassemble ses couleurs

Tout me revient comme une éclaboussure

Un chant de geste ancien

Projeté sur mes insomnies

On est partis

Ça nous a pris

Un matin ou un soir qu'importe il le fallait

Enfourcher le minotaure

Et sortir sans sourciller de cet enclos les

cornes en avant

En fanfare imprévisible

Bousculant les instances du présent

Qui obstruent le ciel inaccessible

Et je me suis montré doux

Comme un cidre irisé de nuage

Je t'ai montré les cieux

Le passage du rouge-gorge où nul ne

s'aventure

Celui du temps enclos dans sa cabane de

branchages

Autant de souvenirs qui n'étaient pas

les miens

Il fallait secouer le vin épaissi de notre

amour

Un vin de trois ans d'âge

À brûler au fer chaud du soleil

On est partis

Ça nous a pris

Comme une fièvre d'enfant étranglé par

ses rêves

 

Ici commence la frontière

Le jour où mon père mourut je crois

Muré dans sa citadelle

Et déjà loin pourtant

Fouaillant sa nuit prochaine

Et ensemençant l'abîme

Ô homme à la magnifique vision

L'infirmière à tête de sirène

Devenu surréaliste deux heures avant

sa mort

Un seul coup de dés qui force l'existence

Et le barrage des eaux ravageuses

Il n'en fallait pas plus pour partir à vol

de phénix

Vers les bleuissures de la Veja

Partir à bout de patience de cet inferno

S'extraire du gel et des fossiles

Legs exorbitants d'un Vésuve aux mauvais

présages

Pour un sentier alchimique de clartés

allumées

Pour une route imbibée de sources

éclairantes

Où rien ne se consume sans l'aval de nos

bouches

Où tout convole vers leurs lignes

De pierres aiguisées

Allégies de l'écume vénéneuse

 

Ici commence la frontière

à suivre ...

 

POLDER 173

éditions Décharge et Gros Textes 2017

 

Tag(s) : #Poésie

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