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1

 

   Un ange sommeille dans le miroir de nos vies. Il dénoue, sans que nous le sachions, la lumière d'un chemin que nous oublions d'emprunter. Sa solitude est immense. Elle pèse parfois si lourd que sa tristesse nous rejoint.

 

 

 

2

 

L'hirondelle inlassable

virevolte et rase l'eau.

 

Les nuages posent leurs cendres ;

jour gris creusé d'air frais.

 

J'avance sur les galets,

le regard décousu

par le monde alentour.

 

je voudrais croiser un ange,

naviguer dans sa clarté,

dériver dans son silence,

à la recherche d'une parole

pauvre mais brûlante.

 

 

 

3

 

   Une aigrette monte dans l'air, plane, disparaît derrière une île. C'est peu, très peu. Tout parle cependant, comme si dans le souvenir de son voile blanc flottait encore le sourire d'un ange. Tout parle une langue qu'il me semble parfois ne plus connaître.

 

 

 

4

 

Un ange sourit parfois

 

dans un ballon

qui rebondit sur la route

et nous rejoint depuis l'enfance

 

dans le vol d'un oiseau

qui se reflète à la fenêtre

 

dans le voile d'un regard

où le désir finit par se noyer

sans notre main pour le sauver

 

Un ange sourit

et son sourire tombe

pierre parmi nos bonheurs déchus

 

 

 

5

 

   Dans le jardin de Bourgogne, à travers un petit lavoir, passe un ruisseau. La nuit, il m'arrive d'entendre l'eau chanter. Je sais alors qu'un ange est assis sur la pierre. Je me promets d'aller le lendemain m'asseoir à la même place pour veiller moi aussi au chant qui frémit entre les pierres. Mais je suis homme : je fais partie des anges déchus. J'oublie mes promesses ou je n'entends pas. Peut-être devrais-je d'abord tenter d'écouter le ruisseau qui me traverse.

 

 

 

6

 

Tôt le matin,

des flocons de brume

sur le fleuve,

 

pas un ange

dont on ne sait

s'il nous habite

ou s'il nous a quittés.

 

 

 

7

 

   Arbre épuisé de feuilles dans la lumière d'octobre. Quelques nuages disjoints font mine de dessiner des ailes d'ange. Peut-être sont-ils ici-bas, présents si près de nous que seule notre ombre les écoute.

 

 

 

8

 

Dans le visage de la pluie,

dans les confidences du vent,

dans le gris des nuages

qui s'accordent à nos fenêtres,

quelque chose demeure caché.

 

Peut-être une parole,

un souffle ignoré,

 

un amour perdu

qui nous attend pour renaître.

 

Jour gris

où passe un ange

impossible à retenir.

 

 

 

9

 

   Au fond de nous des chemins. Il faut les prendre par la main, là où le vent rêve encore d'horizons ramifiés, dressés comme des arbres, tête à la fenêtre pour respirer la clarté.

   Lumière qui chante les chemins creux, les visages, les maisons que l'on croise, les fleurs enlacées, la terre qui porte nos pas, la patience des distances.

   Au fond de nous des chemins sur lesquels un ange peut encore nous prendre par la main.

 

 

 

10

 

Parfois un ange nous traverse,

comme une absence,

un rire dont nous n'aurions perçu

que la transparence.

 

Un affluent nous a rejoint

au seul souci

de se mêler à notre eau.

 

Nous avançons plus forts,

sans même savoir que,

au plus profond de nous,

un visage

nous a fait don de disparaître.

 

 

 

 

 *

 

 

 

Ces poèmes ont été publié par la très belle revue de poésie ARPA dans son numéro 112 de Février 2015.

Si vous souhaitez mieux connaître la belle poésie actuelle à travers des poètes connus ou méconnus, je vous recommande de vous y abonner...

 

Abonnement 4 numéros 40 Euros pour la France et 42 Euros pour l'étranger.

Adresser les chêques bancaires ou postaux à l'ordre d'ARPA à Jean-Pierre FARINES, 148, rue Docteur-Hospital, 63100 Clermont-Ferrand

 

 Cette revue remarquable est réalisée avec les collaborations de Gérard BOCHOLIER, Jean-Pierre FARINES, Colette MINOIS, Christian MONCELET, Franck CASTAGNÊ, François GRAVELINE, Christiane KELLER, Pierre MAUBÉ.

R.I.P : Pierre DELISLE, Albert FLEURY, Michel SAURET.

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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