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André Campos Rodriguez : Yvon Le Men

                           Yvon Le Men : En toute celtitude...

 

 

 

   Le parcours d'Yvon le Men n'est pas celui d'un poète de salon obsédé par des stratégies carriéristes, mais ressemble à celui d'un marcheur infatigable qui, par intégrité morale, se méfie des raccourcis, à celui aussi d'un barde qui, de village en village, vient porter la poésie, avec cette préoccupation majeure de s'adresser à tous. Son chemin est riche maintenant de plus de trente cinq années d'écriture et sa voix flamboyante à ses débuts, gagne chaque jour avec ses derniers recueils en concision et en densité. C'est qu'il possède le souci du mot simple, juste, exact : "Plus je recule dans le silence, plus je me dis que le moindre mot fait un bruit terrible". Comment peut-on alors éviter d'évoquer ce précepte soufi : "Si le mot que tu vas prononcer n'est pas plus beau que le silence, ne le dis pas" ?  Si, pour celui qui a le respect de lui-même et des autres, le silence est d'or, la parole est alors un don plus précieux encore... C'est ainsi qu'Yvon Le Men ne veut qu'une poésie souveraine, chargée d'offrandes et libre comme l'air, une poésie où les mots remontent à leur source, allument des espaces conviviaux, ouvrent des portes à la beauté immédiate et quotidienne ; une poésie qui, avec pudeur, ne cherche à parler que d'amour, qui sait nous rendre intimes le bleu du ciel, le vent, les mouvements de l'océan, nous ouvrir à l'existence vibratoire du monde, à son énergie bénéfique et lumineuse, mais aussi à la présence des autres, surtout les simples et les oubliés. C'est qu'il y a chez Yvon Le Men une ferveur, celle où peut-être la lumière le porte quand, sans trop de dommage, la nuit a pu être traversée ; traversée grâce sans doute à l'amitié, à cette attention constamment tournée vers son semblable, grâce aussi à cette confiance (on pourrait presque dire : grâce à cette foi) qu'il ne cesse d'exprimer. Aussi, la poésie n'est là que pour être partagée, par cette disponibilité à tout un chacun où il s'est toujours tenu, et par des lectures où se retrouvent ses amis, au Carré Magique de Lannion, dans son fief en Bretagne. Car pour lui, c'est tout le temps qu' "il fait un temps de poème"... Leçon qu'il a tirée d'un vers de son ami Jean Malrieu, qui fut aussi un de ses pères spirituels, avec bien sûr Xavier Grall et Eugène Guillevic. "J'ai toujours pensé qu'on ne grandissait qu'avec les autres", a-t-il déclaré un jour. Ainsi, le chemin est par lui indiqué, éclai- ré : c'est toujours avec (ou grâce à) l'autre que la vie vaut la peine d'être vécue. Les mots ne sont là que pour revenir sans cesse à l'essentiel et comme dans L'Écho de la Lumière (Rougerie, 1997), trouver les multiples chemins qui peuvent nous y conduire : "Comme le vent / pour les ailes // un jour/ se lève un sens // qui passe // dans les lettres du mot".

 

 

Version revue (la première fut publiée dans la revue RétroViseur magazine n° 75 janvier, février, mars 1999.

Tag(s) : #Poésie

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