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Isabelle Alentour :  Poèmes inédits

                                         Éblouie de se taire

(extraits)

 

 

 

Je m'assieds pour écrire.

Mais, commençant à écrire, oublie ce que je voulais dire.

Les mots traînent, n'ont rien à donner, rien à dire ou à raconter.

Disposés devant moi ils sont plats, gris, ensommeillés, ni masculins, ni féminins.

Asexués.

Inaffectés.

Posés là en silence, cuisses et bras entravés comme un bateau qui ne part pas.

Une poignée de lettres se détache. Fesses rondes, tailles cambrées, elles se mettent à danser, petits pas chaloupés. Les livres sur le rayonnage font mine de les accompagner. Et le pied de la lampe se balance, en cadence. Et le cadre accroché au mur, avec la photo.

N'est pas folle qui veut.

Je retrouve mon nom au moment où je m'endors.

 

 

 

*

 

 

 

Oublie-t-on les choses ou bien les mots ?

L’autre jour au moment de passer à table je me suis assise par terre. Je ne connaissais plus le mot table. Hier j’ai voulu me servir un verre d’eau, j’ai bu à la bouteille. J’avais oublié le mot verre, voilà, ça arrive, pas de quoi en faire toute une histoire. Croyez-vous que la table  ou le verre pense à moi si souvent ? Pas question d’être en dette vis-à-vis de la table ou des verres. Je voudrais un monde sans objet à satisfaire, à rejeter ou à fuir. Un monde sans direction ou injonction, sans conclusion certaine.

L’oubli est un plat en terre. Qui aime le calme.

Surtout très tôt le matin.

J’aspire à ce que ça se taise, que ça se taise un peu.

 

 

 

*

 

 

 

Il faut devenir un peu fou - je veux dire invincible - à l’approche de la mort.

Peut-être est-ce la même chose à l’aube du premier mot - et du deuxième après.

Guérir de l’un à défaut de l’autre.

Se protéger de l’incommensurable.

De ce tremblement généralisé qui prend le corps et l’âme.

De ce chamboulement qui distord chair et esprit.

De ce déferlement auquel on n’est jamais préparé.

 

 

 

***

 

 

                                                     L’Hirondelle

 

(extraits)

 

 

Du plus haut des douleurs elle a voulu s’enfuir

a regardé autour

silence transparent

a écouté autour

néant éblouissant

 

sur le bord de l’abime un instant

 

Et puis

comme ses jambes ne répondaient plus

elle s’était élancée avec ses bras

 

Puisque ses ailes ne battaient plus

elle s’était élevée avec ses yeux

 

Et une fois là-haut

plus haut que tout là-haut

comme ses lèvres ne tremblaient plus

elle avait souri avec ses mots

 

D’un sourire si beau

que le monde a souri

 

 

 

 

*

 

 

 

 

 

Parfois je me mets à genoux

 

Je me penche le plus possible en arrière

comme un levier

 

Je regarde dans les étoiles

plus loin, même, que les étoiles

 

Je l’appelle

 

et je fuse

 

 

 

 

 

                                         Du verbe être

(extraits)

 

 

C’est une créature qui semble capable de dire

qui donne l’impression qu’elle va dire.

qui va sans doute dire

qui paraît toujours sur le point de dire

 

Et finalement se tait

 

Elle ouvre la bouche

contracte tous ses muscles

ferme les yeux

frémit de la tête aux pieds

 

Rien ne sort

 

(J’ai toujours été très douée pour le silence)

 

 

 

*

 

 

 

Faire corps des premières syllabes

et parfois s’éveille le verbe

et parfois se déplace dans la langue le corps

et parfois lève la parole précédée des anges

 

Où je te tue de langue tu consens

et c’est l’aube

 

Respiration après la virgule

 

 

***

 

Vous pouvez continuer à lire et suivre Isabelle Alentour sur sa page F.B.

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