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photo André Campos Rodriguez

photo André Campos Rodriguez

 

                           Quel contemplateur serait assez

                            intrépide pour sonder l’âme

                            noire du soleil ?

 

                            Indicible et obscène, sa brûlure

                            est un refus de tout.

 

                            Une immense obscurité est en son

                            centre torride.

 

                           

                            *

 

 

                            La lumière entre dans la forêt

                            comme une révélation.

 

                            Elle emprunte des sentiers que

                            le feuillage ignore.

 

Tout devient visible et

inexplicable.

 

L’esprit est confondu à l’idée

d’une fatalité qui éclaire.

 

 

*

 

 

Le beau temps est une méthode

qui refait l’illusion

selon des règles plus

limpides.

 

Les formules naissent dans

les ajourés des cimes.

 

Cet enseignement a formé

tous les amants.

 

 

*

 

 

Il fait beau.

 

Même l’horreur est en liesse.

 

L’univers prête l’instrument

de sa permanence.

 

Le sol est ivre et propose

ses dilatations ambiguës.

 

L’air allège superbement les

scrupules de la pesanteur.

 

 

 

*

 

 

Le ciel s’échauffe comme une

hérésie.

 

L’esprit de la braise gagne

le cœur des pierres.

 

Puis, c’est le tombeau de

midi.

 

La poussière y repose dans la

paix terrifiante du feu.

 

 

*

 

 

Une pyramide de pollen se

dresse au milieu du jour.

 

Autour d’elle, à perte de

vue, l’été s’étend, morne

et silencieux.

 

La vibration de l’air rend

la pensée méconnaissable.

 

On sait désormais que

l’intelligence a besoin d’eau.

 

 

*

 

 

Midi est atteint. Le silence

agite ses abeilles.

 

Une pureté monstrueuse est

au sommet de l’air ; elle

menace tout ce qui incline

vers une signification.

 

L’aiguille du feu renonce à

montrer l’immédiat, le plus

ancien temps de tout.

 

 

*

 

La fin du jour est suave et

digne d’abîmer un être.

 

Le parfum des choses qui

cessent sans désespérer flotte

comme une épave d’absolu.

 

Une clarté brune meurt au

pied des mélèzes.

 

Demain, le jour viendra parfaire

cette déchirure.

 

 

*

 

Le frais tisse la tranquillité

du soir.

 

Sauf là où un fruit amer tombe

et raie le silence, tout est

calme et économie.

 

Ce recueillement s’intensifie

dangereusement.

 

Il faudra les étoiles pour échapper

à cette élégance nocturne.

 

 

*

 

 

Les buissons sont bus

 

Immobile, le ciel est indifférent

au plus vieux délice

du monde, l’eau.

 

Les insectes grignotent

l’aridité.

 

On reconnaît maintenant

l’extrême indigence de

l’éblouissement.

 

 

*

 

 

La fraîcheur descend les marches

de la nuit.

 

C’est la sœur éthérée de l’eau,

la substance volatile qui erre dans

les pâturages de l’ombre.

 

Le silence est seul à entendre

son pas.

 

 

*

 

 

 

On ne sait pas ce que l’été

veut dire.

 

La logique du feu écrase le

penseur le plus rigoureux.

 

A lui seul, le foin constitue

des myriades de signes

objectifs, mais impénétrables.

 

Il suffit de lire tête nue

à midi pour que le mental se

couvre d’énigmes et de vapeurs.

 

 

***      

 

 

 

 

Les Saisons ; Éditions Labor, Bruxelles 1988 , 228 pages.

Viennent déjà d'être publiés quelques poèmes extraits de : Le Printemps.

Ici  sont présentés quelques poèmes choisis de : L'été

Suivront plus tard et successivement  des extraits de :  L'Automne puis L'Hiver...

 

 

***

 

Voici un témoignage de Rio De Maria, responsable et animateur de la Maison de la Poésie d'Amay (éd. de L'Arbre à Parole) en Belgique :

 

"François Jacqmin est né à 2 km de mon domicile... Lors de notre dernière rencontre je lui racontais qu'il travaillait dans le même bureau que son collègue René Gerbault qui a été la tête pensante du Groupe de la Maison de la Poésie d'Amay et son premier Président. Je contais à François que René m'informait régulièrement qu'il était assis, au bureau de l'entreprise qui l'occupait, à côté d'un poète qui contestait ses idées philosophiques et ses choix religieux ! Tous les jours, il y avait au moins une passe d'arme - ou de poésie, entre ces deux phénomènes ! En fait, comme ils n'avaient pas beaucoup de travail, l'un triturait les fulgurances philosophiques de bons nombre d'auteurs, et l'autre écrivait des poèmes ou lisait des recueils de poésie... Malheureusement, René Gerbault est décédé beaucoup trop tôt : 55 ans, pour la grande douleur de ses proches et des poètes de la Maison de la Poésie qu'il présentait, inlassablement, à différentes Soirées de Poésie".

  

   

 

  

Tag(s) : #Poésie

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