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Écoute, écoute les balbutiements du monde
Et que ta chair et que ton sang se fassent verbe
Pour habiter en tous

( Je te dirai l'homme , 1977)

 

Jean Dauby fut, jusqu'à sa mort en janvier 1997, l’animateur du Centre Froissart qu’il fonde en 1967 ainsi que le rédacteur exigeant, au ton libre et personnel, de la revue poétique Froissart et de ses éditions. Plus de 225 éditions virent le jour... En effet il fut l'éditeur d'innombrables (jeunes et plus confirmés) poètes qu'il fit pour certains découvrir : Je cite ici seulement quelques noms un peu au hasard (?) :

Colette Nys-Mazure, Jean-Pierre Darras, Daniel Thibaut, Michel Voiturier, Alain Bouchez, Régis Louchaert, Pascal Commére, Christine Delcourt, Béatrice Kad, Pascale Roche, Jacqueline Habert, Françoise Lison-Leroy, Guy Bornand, Daniel Abel, Jean-Pierre Nicol, Alain Lemoigne, Robert Nédélec Dominique Sorrente Richard Taillefer, Roger Gonnet, Georges Cathalo, Gilles Lades, Eric Brogniet, Michel Monnereau, Yves Namur, Jean-Loup Fontaine, Gaspard Hons, Paul Roland, Dominique Sampiero, Christian Hémeryck, Hervé Lesage, Audrey Bernard, Bernard Desmaretz, Alain Freixe, André Campos Rodriguez...  

 

 

Voici une sélection de quelques poèmes de Jean...

 

LES SPHÈRES

 

Ils me font rire les cosmonautes,
avec leur quatre bouts de métal rare
lancés dans des espaces imprécis...

Mes infinis à moi sont autrement peuplés :
jusqu'au-delà de tous les ciels
ouverts depuis avant le temps
par tant de créateurs et tant de créatures,
plus loin que tous les mondes
des passés à venir, des futurs disparus,
                        on voit
            virevolter,
                       caracoler,
                                  paraboler,
                                           hyperboler,
                                   sinusoïder
            des demi-sphères
                                de lumière.

Elles s'entrechoquent et de longs éclairs les fleurissent
blancheurs de lait, splendeurs de sang,
suivant le signe de leur charge
et de leur polarisation respectives.
Souvent, elles s'attachent l'une à l'autre
et cherchent leur courbe nouvelle.
Elles n'ont parfois qu'un point de tangence
et s'en vont en se dandinant
vers quelque instable devenir.
Ou bien, leurs surfaces planes s'attrapent
comme-ci ou comme ça,
une grande ou une petite
ou même deux égales
dont les deux grands cercles décalés
entredévorent leurs croissants.
Enfin, il peut se faire
que deux de ces demi-sphères,
ayant même rayon, même rayonnement
et même volonté d'intensité,
se trouvent, se joignent, se soudent
pour accomplir le volume idéal.
Leur vitesse et leur lumière décuplent.
Aux mille coins des cieux, elles allument
des incendies de joie et de perfection.
Elles deviennent les têtes
d'immense comètes
draînant avec elles les destins moins éblouissants.
Elles sont l'idée que je me fais de l'Amour.

 

in   Les Écrasés,  1968

 

 

 

Poète,

Il faut garder les chants d'amour au fond des gorges,
ne pas laisser les mains écrire leurs caresses
et les yeux refléter les splendeurs visitées.
Le plaisir doit dormir dans les chambres secrètes
         et les amants se taire.

Il faut clamer les chants de peur sur les sommets,
les thrènes de pitié tout au long des chemins,
les cris de liberté aux échos des forêts,
les dures vérités à la face des mers
          et toujours avoir faim.

Ton cœur et tes amours n'intéressent personne.
Les fleurs et les oiseaux sont morts sous ton stylet.
Écoute, écoute les balbutiements des hommes,
et que ta chair et que ton sang se fassent verbe
          pour habiter en tous.

 

 

in  I comme inquiétude, 1969

 

Édité en 1971, 1977 et 1986.

 

 

 

 

PSAUME 1

 

         

Yahvé connaît la voie des justes

mais la voie des impies va se perdre

(verset 6)

 

 

LE CHOIX

 

Autour de toi    mille voix
                          mille clameurs
tant de chaînes qui te lient
tant de postes qui te stoppent

Leurs mensonge sont en couleurs
en musiques de pacotille

Ferme les yeux
coule de la cire en tes oreillessi ténu

Écoute au fond de toi    si loin
si ténu   menu   retenu
le murmure de la source première

Fais-le grandir
jusqu'à ce qu'il inverse la marche du monde
vers son anéantissement

Et tu vivras.

 

 

PSAUME 5

 

Et moi par la grandeur de ton

amour    j'accède à ta maison

(verset 8)

 

Dans l'aube où ma plainte se fige
j'attends que s'ouvre le portail
et qu'en jaillisse un rayon de ta grâce

Le voici qui me frappe et me divise
et que tombe de moi
tout ce qui était mort

Le mensonge n'est plus que défroque fripée
la rancœur s'est fanée
la médisance est un mégot éteint

Je suis revêtu de soleil

Est-ce toi ou moi
qui illumine le temple ?

 

 

PSAUME 22

 

Le jour j'appelle, point de

réponse et la nuit, pour moi

point de silence

(verset 3)

 

Vae soli, solo, a solas, seul, alone, allein,
derelictus... Les mots de toutes langues déferlent,
Babel des solitudes, Abandonné de Dieu et des
hommes...

Tel un arbre séché dans un désert inerte
j'attends la goutte d'eau d'un baptême nouveau

J'attends le souffle de la confidence mauve
la table où reverdit le cercle des regards
le bouquet de la foule communiante
la ronde autour du monde
un message fraternel du cosmos

J'attends tout signe    toute parole
Dans l'air    des millions d'ondes frissonnent
impatientes d'être captées   capturées

Une, une seulement
qui m'élise son reliquaire
Je lui ai préparé une chambre secrète
Mais je n'entends que l'écho mourant
de voix étouffées par la terre

Toi       pourquoi ne réponds-tu pas ?

 

 

PSAUME 39

 

Je suis un étranger de passage

comme tous mes pères. Laisse-moi

respirer avant que je m'en aille

et ne sois plus rien

(versets 13 / 14)

 

J'ATTENDS

 

Je regarde ma main, la largeur de ma main
c'est la mesure de mes jours
Je scrute l'ombre qu'elle fait sur ma feuille
c'est la fragilité de mes nuits
J'écoute tous ces mots
            tous ces bruits qui déferlent
ils ne couvrent pas ton silence
Je guette le flux muet de mon souffle
et l'inaudible cœur en mon corps attentif
et cette âme fragile en quête d'un départ
Immobile passant        j'attends.

 

 

 

LE LOUIS D'OR ET LA JONQUILLE
 


Dans ma main droite une jonquille
Dans la gauche une pièce d'or
De ces deux soleils lequel est à moi ?

 

La fleur bien sûr que je verrai mourir
L'autre m'échappera
pour posséder d'autres regards

Veille sur les beautés fragiles
qui sont ta joie un jour une heure

 

Néglige les durs trésors
condamnés à te survivre

 

 

 

PSAUME 137

 

Comment chanterions-nous un cantique à Yahvé
sur une terre étrangère ?
(Verset 4)


 

ICI NAÎTRE ET MOURIR

 

Je rends grâce de pouvoir vieillir et mourir
en ma terre natale

Je rends grâce pour ces années de liberté
où j'ai butiné ici     grignoté là
en dix maisons     en dix jardins
tous plantés à moins d'une lieue
de la chambre où ma mère s'ouvrit
pour me donner le monde

Quant aux exils captifs
ils ne m'ont jamais apporté la paix
J'ai fait la guerre d'Espagne à Douai
(une école ceinte de murs)
franquiste en 1936
("On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans")

républicain deux ans plus tard
tournant autour d'une pelouse
"dextrorsum" puis "sinistrorsum"
(on est souvent pédant quand on a dix-huit ans)
croisant à chaque tour ceux de l'autre camp

J'ai fait la longue guerre apprenant à tuer
dans une caserne canonisée
(ô Saint-Maixent, protégez-nous)
logé dans un ancien couvent
la salle gothique du chapitre
devenue comptoir à limonade

Humilié au plus secret de mon corps
on m'a ballotté dans une Allemagne
où fleurissaient les miradors
sur des ronces de fer
Bayern Schlesien Ostpreussen...
Il faisait moins 35 dans nos sabots d'hiver
Quels froids et quelles faims
que d'année sans lumière

J'attendis d'être au bout du monde
pour mettre cap au Sud
dans les neiges d'Eylau un 18 février

Avant l'ultime frontière
une captivité dorée
chaude comme un poële de porcelaine

en douce et dure Alsace
Mais ce n'était pas chez moi
Ma liberté retrouvée
ce fut entre deux fleuves
les Lyonnais aux yeux fermés

Ma liberté reperdue !
La bombe à l'entrée d'une église
les mois de sang dans les gémirs de 44

Ma liberté revenue ?
Ce fut septembre et mes soldats enfants
que je guidais avec des plaies encore ouvertes

Mais depuis    je n'ai plus quitté
mon petit arpent de Hainaut
"de Dieu et du soleil tenu"
et je rends grâce
...et le dernier soupir
là où jaillit mon premier cri.

 

 

Poèmes extraits du recueil "Psaumes pour la nuit qui vient", 1993

 

 

 

JE N'AI PLUS RIEN À DIRE

 

Je n'ai plus rien à dire
Je voudrais n'avoir plus rien à entendre
        Si je pouvais chanter oiseau !
Mais je suis trop vieux pour apprendre
Ils sont trop pleins d'interrogation
La grive, le pinson, la mésange
Ils me demandent pourquoi je me tais
Je vous écoute mes doux amis,
        Je vous écoute.

Le grand sapin d'où ils m'appellent
Mon grand sapin est un hautbois
Qui vrille les nuages bas
Il voudrait percer le soleil,
        La nuit viendra avant cela.

                            

Fin décembre 1996

 

 

 

Bio-blibliographie de Jean Dauby

 
 

Jean Dauby (né à Aulnoy-lez-Valenciennes en 1919, mort le , à Famars) est un poète du Nord-Pas-de-Calais.

Il a été particulièrement marqué par l’épreuve des camps de prisonniers durant la seconde guerre mondiale, ce que l'on peut détecter à travers ses principaux recueils, Les Écrasés (1968), Je te dirai l’homme (1977), Psaumes pour la nuit qui vient (1993). Prônant une poésie populaire, accessible à tous, il écrit des poèmes « à dire, à crier » mais aussi « à chanter, à jouer » (Les Papipoètes, 1975).

Jean Dauby fut, jusqu'à sa mort, l’animateur du Centre Froissart qu’il fonde en 1967 ainsi que le rédacteur exigeant, au ton libre et personnel, de la revue poétique Froissart.

Instituteur, professeur, journaliste, Jean Dauby a mis aussi son talent au service du patrimoine Valenciennois. Il a ainsi fréquemment présenté des visites commentées des collections du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes.

Historien de la langue picarde, spécialiste du « rouchi » de Valenciennes (Le Livre du rouchi, 1979), il fit redécouvrir les œuvres du poète-mineur Jules Mousseron, celles de Georges Fidit ou de Séraphin Jurion.

Peu après sa mort, la famille de Jean Dauby fit don à la bibliothèque de Valenciennes des papiers et de sa bibliothèque. Ce sont au total plus de 2 000 recueils de poésies, souvent dédicacés, et plusieurs mètres linéaires de manuscrits, de dossiers de recherches, de correspondance et d’archives qui forment aujourd’hui le « fonds Dauby » de la bibliothèque municipale.

 

Ouvrages publiés

 

  • Valenciennes avant la France (1977, auto-édition)
  • Divers chœurs pour le mouvement « A Cœur Joie »
  • Études publiées dans la revue Nord' : no 4 (1985), Jules Mousseron, poète-mineur ; no 9 (1987), Où est l'originalité du conteur Charles Deulin ?.
  • Préfaces, études et notes de lecture pour les revues Valentiana, Parterre Verbal et Froissart (entre 1967 et 1997)

Poésie

  • Les Écrasés, poèmes, illustrations de Maxime Bacro (1968, éd. Froissart)
  • Le Livre de Chant des Tout Petits, Tome 1 : 10 textes de chansons de César Geoffray (1968, éd. Duculot, Gembloux, B)
  • Le Livre de Chant des Tout Petits, Tome 2 : 30 textes de chansons de César Geoffray (1969, éd. Duculot, Gembloux, B)
  • Les Papipoètes, dix entrées de clowns (1975, éd. Centre Froissart, no 7)
  • Je te dirai l'homme, poèmes (1977, éd. Centre Froissart, no 28)
  • Portrait robot, poèmes et chansons (1986, éd. Centre Froissart, no 100)
  • Psaumes pour la nuit qui vient, poèmes (1993, éd. Centre Froissart)

Langue picarde

  • Lexique rouchi-français suivi de Au long d'un an (poèmes), (1968, Société de Linguistique Picarde, Amiens)
  • Tout Cafougnette, réédition commentée des textes de Jules Mousseron (1974, auto-édition)
  • A l'fosse : la mine et les mineurs, réédition commentée (1975, auto-édition)
  • A l'ducasse : la joie de vivre de Jules Mousseron, réédition commentée (1976)
  • Le Livre du "rouchi", parler picard de Valenciennes (1979, Société de Linguistique Picarde, Amiens)
  • Les sentences du coq de Séraphin Jurion, par Jean Dauby et Maurice Durieux (1981, Société de Linguistique Picarde, Amiens)
  • Complément au Livre du "rouchi"... (1983, Société de Linguistique Picarde)
  • L'année dé l'bière, textes des bulles de la B.D.(1986, Les Archers, Bruxelles)
  • Études publiées dans la revue Linguistique picarde : no 30, Le personnage de Cafougnette dans l'œuvre de Jules Mousseron ; no 60, Georges Fidit, poète oublié ; no 76, Charles Deulin, un picard qui se croyait flamand ; no 78, Glossaire des termes régionaux dans l'œuvre de Charles Deulin.
  • Études publiées dans Mineur de fond d'Augustin Viseux (éd. Plon, collection Terre des hommes) : Les parlers picards ; Les poètes de la mine.

Ouvrages sur Jean Dauby

  • Jean Dauby, un homme en poésie, de Pierre Vaast (1992, éd. RétroViseur)
  • Jean Dauby, ouvrage collectif (1997, éd. Centre Froissart)

Quelques témoignages

[Extraits des 2 ouvrages ci-dessus]

  • Andrée Chédid (1991) : " Je suis heureuse de saluer Jean Dauby, l'homme des chemins fraternels, le poète attentif à toute poésie "
  • Jean Bouhier (1991) : " [à Valenciennes]... J'ai découvert un cicérone remarquable, érudit, qui m'a fait découvrir cette ville inconnue de moi, ses richesses, sa Bibliothèque, son Musée... Ce fut un éblouissement permanent et cette sympathie chaleureuse fut doublée de celle de Giselle, merveilleuse compagne dont les talents culinaires m'ont séduit... "
  • Jean Rousselot (1991) : " Dauby est l'homme de l'Être et non du Paraître, ne recherche d'autre protection que celle des muses, rayonne de fraternité et se crève au service des autres..."
  • Alain Bouchez (1991) : " Amoureux du Verbe, des mots, de leurs racines, de leurs exigences, il est poète classique, poète d'humour, poète religieux, poète aux rires, poète aux angoisses, poète de l'humain, de l'essentiel."
  • Jean L'Anselme (1991) : " Il adore son terroir, le ratisse, le cultive en bon jardinier. Et, paradoxe, ce fou de beauté antique et classique se délecte dans des histoires blagueuses et colorées de Cafougnette ! Il a la conscience patiente des tortues et l'agilité d'esprit d'un lièvre... Il pétille d'intelligence et de connaissance, a l'œil finaud derrière une lunette fine et intellectuelle, la parole qui caresse tout et n'oublie rien..."
  • Simonomis (1997) : " Il était très aimé dans le monde - difficile - des poètes. Il était bon, généreux, indulgent, qualités rares... Pour le service des autres, il oubliait d'écrire pour lui. Il avait du talent. Une incontestable véracité imprégnait ses poèmes."
  • Colette Nys-Mazure (1997) : " Un homme soucieux des biens de l'autre plutôt que des siens... poussant devant lui jeunes et vieux pour leur offrir une place au soleil... Un homme du Nord, franc et direct... Il pratiquait [l'écriture]... comme une passerelle entre les hommes et les femmes de ce temps, sans barrière ni préjugé : la poésie devait rester source limpide à laquelle se désaltérer..."

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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