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Du sein de son halo public, la lune
sacre un aboi qui monte avec la brume.
Il faut souffrir l'idiote à l'horizon.
Parfois son geste, allongé par la haine,
meurtrit les liserons mal fermés dont
Dieu décora les débris de ma haie.

 

 

 

Que tu te voiles
et le ciel n'est plus qu'ombre
mon courage n'a plus de racine
Mais tu vas parler
chaque nervure luit dans le feuillage.

 

 

Retiens ton souffle
et, dans les branches, la lune
que luise une ultime feuille
aux tempes de la prime étoile.
Mais l'ombre d'une effraie
traverse de silence mon ombre.

 

 

Mes pas ne sortent pas de ton songe
et ne font aucun bruit parmi les apparences.
Je vais semblable à ton tremblement
que juste, au loin, souligne
l'envol d'une pie.

 

 

J'éprouve avec ivresse
ton absence puisque pâlit
ton obscurité même. Où t'égares-tu
que la nuit meure à l'aube
comme un cheval prussien
entre les arbres déchiquetés de mitraille ?

 

Est-ce qu'un matin entre deux peupliers
peut déchirer toute la nuit du monde ?
ni ton malheur l'opacité du mien.
Mais pourquoi blasphémer quand j'ai
connu des aubes à foison ?
et je les laissais se retirer sous l'orme
avec l'ombre de midi.

 

Ton moulin des saisons moud nos désirs
mais, sous son grès, nul mort ne peut dormir.
Tu sais s'il fut au pré des digitales,
que nos regains sont rentrés secs en grange
et qu'un feu peut en priver nos étables
s'il t'agréait d'en réchauffer tes anges.

 

Mon pied se lève et déplâtre un labour
mais le mal perche au buisson de ma vie.
Dieu ! tout corbeau fait rencontre avec d'autres
au revers d'un pré gris. Le vieux vent d'ouest
remue, sinistre, avec des fruits infects
une âcre odeur de frondaisons mal mortes.

 

Ma lumière se défait,
ce n'est pas un crépuscule
Ni rien de réparable.
À moins de m'endormir en route
la tête contre ruisseau
et, dans ma bouche,
la manne de neige qui fond.

 

Ainsi me vint ce soir interminable
et, par instants, le sombre bougement
de ta stature à la fenêtre.
Tu ne m'attends pas, j'en aurais trop de honte,
tu t'es seulement désoccupé des sphères
qui tournent dans ta main.

 

Penche-toi, reflet d'une majesté mourante,
sur la majesté morte.
Si je reviens on m'aura pris mes yeux
mais tu t'en souviendras dans l'ombre.

 

 

Je crie sans bruit sous mes paroles,
je hurle comme en songe.
Adieu, maison sur la rivière
et saules que baisait au front
la lune montante à nuit tombée.

 

 

La Revue de Belles-Lettres, n° 3-4, 1971

in  "Une voix, un regard"  / Textes retrouvés 1947-2004

éditions GALLIMARD novembre 2012
 


 

Jean GROSJEAN : DOUZE DÉDICACES
Tag(s) : #Poésie

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