Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

   Tous les bébés naissent en temps de guerre et dans des villes en ruine. Sitôt qu'on naît, on reçoit les éboulis de la vie. À peine nés, on se trouve sous les pylônes électriques des bruits, des conventions, du peu d'amour. La seule chance qu'on aurait, ce serait d'être élevés par des dieux. C'est effarant de voir qu'on tombe à la naissance entre des mains qui sont inexpérimentées, tremblantes, si peu sûres. Je ne suis pas une exception. Tout, dans ma vie, découle d'une première note donnée. Or, il se trouve que cette première note est sombre. Mon écriture, c'est comme une étincelle qui a tout de suite son autonomie, et qui provient pourtant du choc des matériaux les plus lourds et les plus noirs. Ce que je vis de clair est sans cesse arraché au sombre, je vais chercher mon amour jusque dans les enfers. Vous rendez-vous compte combien les entours de cette lumière doivent être obscurs pour que je sois ébloui par le bleu d'un hortensia ou par la simple parole d'une mère à son fils ? Quand j'étais enfant, la nuit était partout autour de moi, mais la noirceur du monde était parfois traversée par un rai de lumière : pour ne pas sombrer, je m'y agrippais comme un fou. je peux vous assurer qu'un pétale de rose est assez solide pour empêcher quelqu'un de rouler au néant.

 

in "LA LUMIÈRE DU MONDE"

Gallimard , 2001 et folio 2013

Propos recueillis par LYDIE DATTAS. 

 

Photo André Campos Rodriguez

Photo André Campos Rodriguez

Tag(s) : #Méditation

Partager cet article

Repost 0