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(2e version)

 

Trop longtemps, trop longtemps, j'ai retenu mes larmes

et j'ai cru que je porterais d'un pas léger mon deuil, puisque

la mort

fut douce à l'excellente, et que je vis dans sa lumière. La

mort est juste

quand le séjour du corps n'est plus un bien, elle libère

et rend à elle-même une âme simple à qui plus rien

ne permettait, ou presque, de goûter aux joies de la lumière.

Et ce temps n'aime pas les larmes, qui s'apitoie sur tout et rien

pourvu que ce soit de très loin, mais fuit la mort

quand elle s'approche, et dédaigne la compassion

qui tend la main à la misère dans les rues. Mais les larmes

sont le don de la terre au cœur de l'homme, elles montent du

fond de la terre

comme la sève, elles sont une eau jaillie du sommeil.

 

Et donc je ne veux plus jamais te tenir pour suspecte,

poésie, ni jouer au plus fin avec toi, qui est la voix même des

larmes,

et peu m'importent les rieurs, puisque tu restes

seule à m'offrir une arme, non point contre

ma douleur, mais l'arme même de la douleur

contre le désespoir de vivre. Car à ceux qui peuvent t'entendre

je dis après mille autres que tu es un chemin d'excellence,

et vous, mots singuliers, avec votre musique du dedans

et vos syllabes murmurées, le seul remède à notre mal. Qui

donc pourrait

prétendre se passer de mots pour dire

l'énigme sans chemins de la mort, à moins de renoncer à

suivre

un peu sur ce chemin bordé de temps l'âme qui passe

et qui remonte au fond du temps vers la saison

première de l'enfance et, par-delà l'enfance, vers la nuit

lumineuse où se pressent les élus de l'univers ?

Et même la musique s'en nourrit, qui n'est que phrases.

 

Or donc je vous ferai confiance, mots qui me furent

donnés par la voix de ma mère, aux confins du pays des cinq

fleuves,

sur une terre où la frontière avait tracé d'invisibles méandres,

dans un jardin peuplé de roses pour l'éveil. Je vous prendrai

comme vous êtes, imparfaits et parfaits à l'avenir, sans plus

chercher

à exiger de vous autre chose que d'être corps

mêlés d'âme incertaine, argile humide de la langue, bonheur

caché

sous la splendeur de ce manteau de terre que nous nommons

parfois, quand il nous plaît, un paysage. Et j'habiterai ce pays.

 

Qui dois-je remercier pour ta présence et pour tes dons,

mon excellente ? Qui dois-je remercier pour ton sourire,

pour ta patience et ta bonté et le grand soin

que tu prenais à chaque chose ? À qui dirai-je

au milieu du chemin de notre vie les mots de grâce

que je voudrais élever au-dessus de la grisaille des jours

et d'une époque sans grandeur, pour dire qui tu fus ?

Je les offre à celui qui est, dont tu sais maintenant

le vrai nom, toute la pauvreté et la gloire, et c'est à toi que je

veux dire

merci pour tant d'heures passées dans ta présence.

 

 

***

 

La suite de cette magnifique ode poétique de notre ami Jean-Yves Masson est à lire dans la non moins très belle revue de poésie

arpa       n°117.

Prix du numéro simple 12,50 Euros + 3 Euros de frais de port ;

ou bien l'abonnement à 4 numéros : France 40 Euros / Étranger 42 Euros

Adresser les chèques bancaires ou postaux, établis à l'ordre d'ARPA à Jean-Pierre FARINES, 148, rue Docteur-Hospital, 63100 Clermont-Ferrand.

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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