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   "Montre-moi ton mur Facebook, je te dirai qui tu es ; fuis les réseaux sociaux, et tu cesseras d'exister. Sans funérailles et sans larmes, ton absence déjà comblée par la vidéo d'un petit poney qui danse la carioca. Nous sommes peu de choses - perdus dans cet air du temps qui va plus vite que la musique et nous fait perdre la tête, au point d'en oublier l'essentiel. Oublier que depuis le début notre vie nous appartient, que personne ne nous a jamais sommé de la gagner. Oublier ces rêves que nous avions dans les poches et la furieuse envie de les réaliser, avant de nous prendre les pieds sur cette tripotée de besoins que nous nous sommes créés de toutes pièces. Oublier le rire vrai de l'enfant que nous étions avant de nous prendre au grand jeu du menteur - de bouches en cul-de-poule en mots qui claquent. Nous n'avons jamais autant clamé haut et fort notre désir de liberté, que depuis que nous passons notre temps à nous flanquer derrière les barreaux de notre plein gré. Et si le temps perdu ne se rattrape pas, osef, ton toi virtuel est un chat : si tu perds une vie, il lui en reste encore huit. Pour manger jouer se rouler en boule et ronronner autour du monde tel qu'il est. Ou pour hérisser le poil sortir les griffes et bondir à en défigurer l'ordre des choses quand le monde ne tourne plus bien rond. Je me fous de ton mur Facebook, de ce qu'il veut montrer ou cacher, dire ou taire ; je me fous de ce tableau que tes tripes feraient bien voler en éclats si tu ne les avais gavées de valium. Je voudrais te parler d'un monde où l'existence sait se suffire à elle-même, ne nécessite ni mise en scène ni rires enregistrés pour lui donner du corps. Un monde où les paysages et les visages sont plus beaux que n'importe quelle image photoshopée qui n'a plus rien à voir avec la vie. Un monde où l'instant se savoure comme la première gorgée de bière, où le sourire n'attend pas le nombre de likes qui valideront la petite joie du quotidien. Montre-moi ton mur Facebook, je dirai celui que tu fuis comme moi j'avais envie de faire sa connaissance, et plus si affinités."

 

 

                                                                 ***

 

 

 

UN ÉLÉPHANT DANS LA GRANGE

 

On ne peut pas en vouloir au temps
De jaunir un peu les murs
D'effacer les visages les sourires
D'instants qu'on pensait immortels
Comme ils trônaient dans le salon
Mais le temps n'épargne rien
Et on ne peut pas lui en vouloir
Si ce matin la photographie
Est fatiguée
De porter ces visages ces sourires
Qui ne nous ressemblent plus
On ne peut pas en vouloir au temps
De craqueler les peintures
D'estomper les encres
Qui nous ont émus aux larmes
Un beau matin
Où la pluie ne cognait pas
Aux vitres du passé

 

On ne peut pas en vouloir au temps
Pourtant si tu savais
Comme ce soir je le déteste
Depuis que c'est toi
Qu'il abîme
Comme ce soir je me hais
De le regarder faire
En silence
Je ne sais pas où ton regard absent
S'échine à se rendre
Ni pourquoi le mien détale
Comme un lapin
Comme ces lapins que la nuit tombée
Tu faisais rentrer dans la grange
Est-ce que tu te souviens?
De cette grange où tu passais ton temps
À bricoler d'autres versions de la vie
De cette grange où moi je voulais mettre
Un éléphant pour te tenir compagnie
De cette grange que tu avais bâtie
De tes propres mains
Dieu que c'est bête une expression
On ne bâtit jamais rien
Sans se salir un peu les mains
T'avais les ongles noirs et deux-trois bleus
Mais qu'est-ce que ça peut bien faire
La grange n'est jamais tombée
Est-ce que tu te souviens?
J'avais des rêves plein les poches
Des mots plein la bouche
Et cette manie de les laisser sortir
Sans jamais les mâcher
Sans jamais y mettre du sens
Sans jamais en pondre un poème
Ça faisait rire ou bougonner les grands
Ça ne voulait absolument rien dire
Mais je me foutais de la vérité
Je me foutais de l'ironie
Moi je voulais juste
Mettre un éléphant dans la grange

 

Est-ce que tu te souviens?
De cette grange où tu passais ton temps
Sans jamais l'abîmer
Cette grange où tu ne mets plus les pieds
Depuis que le temps s'échine
À marcher dessus

 

On ne peut pas en vouloir au temps
D'effacer les visages les sourires
De la photo sur toile
Qui trône dans le salon
On ne peut pas lui en vouloir
Mais bordel qu'est-ce qui lui prend
De te laisser partir calmement dessous?
Avec ton regard qui s'absente
Avec mes rêves mes mots dedans
Avec cette grange qui ne tient plus debout
On ne peut pas lui en vouloir
Mais bordel qu'est-ce que je fous là
Avec ces poèmes dans le gosier
Avec cette main qui ne se tend pas
Avec cet éléphant qui n'a jamais occupé
La grange qui ce soir tremble.

 

 

***

 

 

À S'EN BRÛLER LES LÈVRES

 

De quoi avons-nous l'air
Avec nos egos de grands cons
Pour muselière?
À ouvrir grand nos bouches
Et cracher dans la soupe
En gober de bonnes lampées
À ouvrir grand nos bouches
Quand il s'agit de gueuler
Sur ce monde qui VRAIMENT
Ne tourne pas rond
Comme nos doigts pourtant
Ne sortent jamais
Pour le refaire un peu

 

De quoi avons-nous l'air
Avec notre gêne

d'adolescents
En bandoulière?
À ouvrir grand nos bouches
Bouffer à tous les râteliers
Et puis vomir dans les waters
À ouvrir grand nos bouches
Quand il s'agit de lever
Le point et le doigt du milieu
En l'honneur de ceux
Qui se foutent éperdument
De ce monde
Qui parfois tremble

 

De quoi avons-nous l'air
À chantonner ces mêmes refrains
À l'envers?
À ouvrir grand nos bouches
Et puis baisser les yeux
Et puis tourner notre langue
Sept fois dedans
Quand il y a urgence
À vivre dire être et aimer
À ouvrir grand nos bouches
Et puis les refermer
Coinçant sous nos mâchoires
Les mains tendues

 

De quoi avons-nous l'air
À mâcher et remâcher ces idées
Un peu amères?
À ouvrir grand nos bouches
Qui ne savent pas dire
À nos précieux qu'on les aime
Comme sans eux
Nous ne serions même pas
La moitié de nous-mêmes
Comme sans eux
Notre bouche n'aurait jamais
Embrassé la vie
À s'en brûler les lèvres.

 

***        

 

 

UN, DEUX, TROIS, SOMMEIL

 

Parfois tu te demandes où elle est passée
cette môme qui ne savait pas
ranger ni sa chambre
ni sa tête
et qui se foutait bien
du désordre apparent comme elle
retrouvait toujours l'essentiel au-delà
du bout de son tout petit nez
du bordel à l'intérieur plutôt crever
que de faire ce foutu tri que de choisir
entre la peste et le choléra
et qui se foutait bien
de ce que pouvaient en penser les grands
et leur ménage de printemps
comme elle conservait précieusement
chaque été chaque automne et chaque hiver
clandestinement sous son lit
comme ils lui avaient permis de devenir cette môme
qui ne savait pas ranger ni sa chambre ni sa tête
mais t'aurait décroché la lune pour un sourire

 

Parfois tu te demandes où elle est passée
cette môme qui mieux que toi
jouissait de l'instant
présent
et qui se foutait bien
des règles de bienséance qui blablatent
qu'importe l'ivresse pourvu qu'il y ait
un nœud rouge en bolduc autour du flacon
de la morale que des doigts qui ne savent pas
se tenir sages défont trop tôt dans la vie
de ceux que la voûte céleste savait encore habiller
et qui se foutait bien
de l'ordre des choses de celui du vivant
mais qui ne voulait pas crever
comme elle gueulait d'avoir la fièvre
la fièvre de vivre
vivre bordel
pas celle qui cloue au lit
celle qui permet de garder l'équilibre
quand dehors c'est le monde qui tremble fort

 

Parfois tu te demandes où elle est passée
cette môme qui elle savait
pleurer un peu
ou à flots
et qui se foutait bien
de ce que pouvaient bien en dire les hommes
les vrais qui font la haine
comme l'amour fait bien trop mal
de ce que pouvaient bien en souffrir les femmes
comme il vaut mieux faire envie que pitié
et qui se fout bien
de la gueule
des grands qui ont oublié le môme en eux
lors d'une partie de cache-cache
comme ils ont cessé de jouer à l'existence
de tous ces cons qui ne savent plus
croire au Père-Noël
comme s'ils savaient regarder
il le verrait ce môme qui leur fait un câlin
pour les consoler

 

Parfois tu te demandes où elle est passée
cette môme qui ne savait pas
ranger ni sa chambre
ni sa tête
mais qui vivait si fort
dans son capharnaüm des possibles.

 

                                                 ***

 

 

 

DEMAIN EST UN AUTRE JOUR

 

c'est ce que disent les gens
qui connaissent toutes les expressions
par cœur et sur le bout des doigts
ce cœur qui ne bat plus
depuis qu'ils se le sont taillé dans la pierre
ces doigts qui tremblent
dans leurs poches dont ils ne sortent plus
que pour piocher un proverbe
comme ils ne savent plus
juste tendre les bras

 

demain est un autre jour

c'est ce que disent les gens
qui n'ont jamais connu ces insomnies
où demain s'enlise dans la nuit
qui n'en finit pas de tomber
sur les épaules

 


sur les épaules de ceux qui ne dorment pas
ceux-là au cœur gros
ceux-là aux mains moites
qui voudraient bien tendre les bras
mais n'ont que leur oreiller
à étreindre de toutes leurs forces

 

 

demain est un autre jour

c'est ce que disent les gens
qui ne se sont jamais projetés plus loin
qu'aujourd'hui qui ne promet rien
mais que veux-tu
que je fasse de tous ces demain à venir
si tu ne les occupes pas
s'il me faut sagement regarder ton image
se fondre dans l'horizon
comme bientôt je n'aurai plus
accès ni à ton cœur ni à tes bras

 

demain est un autre jour

c'est ce que disent les gens
qui savent accepter le jour le monde
tels qu'ils existent c'est-à-dire
plus petits qu'eux-mêmes
alors ils attendent sereinement
la nuit qui porte conseil
demain qui est un autre jour
et qui menacent d'arriver sous peu
mais que je retiens
pour te garder encore un peu contre moi.

 

 

 

 

Vous pouvez retrouver et continuer à lire Myriam O.H. sur sa page F.B. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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