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   Insignifiant. Ainsi se juge Benoit Molineux, retourné ce matin à son pilori d'amertume. Décidément, il n'aime pas cette quarantaine, son allure de salsifis, ce qu'il est devenu, ce doux myope au visage rétréci, inexpressif sous des cheveux pâles et clairsemés. "Eh oui ! un perdant aussi, né ainsi. Transparent à leurs yeux, mais lucide. Juste un peu lâche ... oui, mais cet homme-là ! s'il est à peine conscient de la profondeur qu'il cache, en lui étincelle la profondeur des pensées, celle qui débusque l'obscurité de son passé, qui traverse les années de fond en comble ..." Et le miroir, abscons mais bienveillant, lui renvoie une image plus sereine de lui-même.

 

   Longtemps Benoit s'était cru tel, devin d'un mal sien et d'autrui, mais il ne l'était pas. Il n'était rien, si ce n'est ce qui, réfractaire, retardait en lui le feu et l'esprit. L'existence le lui avait bien démontré.
Quoique ! en son for intérieur, il se dote du bon instinct (il s'y efforce), où voltigent quelques rares lucioles de bon sens; puis son ego si doux, si sombre (cet ennemi intime mais honnête), s'attribue ce fond d'intelligence un peu lente et précautionneuse, apanage des gens timorés, aux ambitions chétives.

 

   Sinon, Benoit Molineux est le factotum de la firme d'import-export Lamoureux,
où depuis vingt ans son zèle débridé a toujours été perçu avec quelque amusement, voire méprisé dans l'organigramme compassé des rôles. Sa vie privée ? Il tomba jadis dans le mariage, ce vouloir adorer vers quelle imagination, en devenant un jour l'époux de Josiane, haute fille plantureuse aux cheveux bruns frisottés, au faciès chevalin et au nez trop long, attirée par tous les hommes sauf par le sien. Il l'avait connue par hasard au cours d'une sortie à la mer. Dans le train,assise en face de lui, les genoux se frôlant, il désira tout de suite cette demoiselle aux airs affranchis, aux seins opulents. Ensemble durant la journée sur la plage éventée de Malo-les-Bains, il put détailler du coin de l'oeil les formes agrestes de Josiane qui lui plut définitivement. Sa bonne âme régla en insistant toutes les factures de la journée et ils rentrèrent par le train pratiquement fiancés. Elle habitait la grande ville comme lui, cherchait un mari. Ils s'épousèrent donc à l'âge des trentenaires en perdition, puis chacun retourna vite à l'essentiel : lui à son employeur, Josiane aux hommes.

   Conscient de son infortune, Benoit connaissait même de vie le dernier amant en date : un type plus jeune, athlétique, au visage anguleux, aux cheveux noirs et gras, trop longs, qui attendait au volant d'une voiture rouge à l'aile cabossée, au coin de la place adjacente. Le hasard compatissant, clignant de l'oeil, quoique méprisant chez la boulangère et l'épicier arabe, renseigna même le mari malheureux, lui chuchota par quelques allusions ironiques qu'il s'agissait (peut-être) d'un policier - un flic en civil - " aux allures de casseur "
pensa Benoit qui en eut peur. " Et comme je suis un lâche, tant pis ! "

   Depuis le divorce rondement liquidé, Benoit vit seul et chichement dans son petit appartement de la rue Gambetta. On fait les comptes, la soupe, la lecture, le lit, plus rien n'existe. Le monde est là à peine plus grand qu'un oeuf, et il en sort les branches souples du rêve. Aussi les mains vides. Car feu ses parents n'ont rien laissé à leur unique rejeton si ce n'est leur pauvreté. Mais il s'en accommode. Ce déterminisme est le sien. Et dans son optimisme béat, il s'efforce même de croire en sa bonne étoile, pourtant si pingre; riche employeur, salaire famélique, mais un tout qui s'accorde avec la raison du cloporte. D'ailleurs, sa foi nouvelle a fait tabula rasa des soucis !

   Las de tout, afin de meubler sa solitude, Benoit, s'ennuyant ferme, rêve, s'auto-analyse : " Qu'aurais-je bien de plus que les autres ? De plus fin ? Ah oui, cette sensibilité à fleur de peau, et qui ne me convient pas ! " se dit-il. Quoiqu'il eût ressenti un jour une disposition plutôt étrange, indéfinissable, celle d'anticiper certains événements, ordinaires toutefois. Ce matin-là il avait songé au chanteur Badamo et dans l'heure suivante Badamo avait roucoulé à la radio ! Un autre jour il avait pensé au métro (pourquoi ?) et bien entendu le métro était tombé en panne; une autre fois Benoit s'était souvenu de façon évasive de la ville de Carcassonne visitée durant la première année de son mariage raté : le lendemain, dans la salle d'attente du dentiste, une revue en page 12 représentait les remparts de Carcassonne. Sans plus se préoccuper de cette faculté de prémonition (ou divinatoire ?), il rêvasse encore. Mais depuis quand ces étranges coïncidences ? Est-ce fiable ? Il aurait dû alors flairer, bien avant le mariage, les infidèles dispositions de Josiane ! " Mais je vais en parler à Charles ".

   Charles Zidelin est son seul ami. Un septuagénaire à la mine jaune et fripé, aux petits yeux ronds étonnés, vivant seul dans son "deux-pièces" de la rue
Jules Guesde, dans le quartier de Wazemmes non loin de là. Un retraité silencieux, glissant sans but dans le quartier chinois, se confondant aux autochtones, leur ressemblant même par sa façon de raser les murs, ses vestes trop longues et son physique bizarrement sinisé par mimétisme ou simple osmose. Charles et Benoit se rencontrent de temps en temps au "Magenta", le café du pari mutuel urbain du coin où Charles brûle régulièrement sa chance sans réussir. Devant un verre de bière, ils parlent peu et de rien. Charles a des idées, mais ne sait les exprimer, ne possède pas toujours les mots pour traduire sa pensée entière, se perd alors en digressions, s'embrouille et reste au milieu du gué. Cependant Benoit le considère comme un sage ! Un gars probe qui aime dire sur le ton le plus sérieux : " qu'il n'est jamais allé nulle part et qu'il en est toujours revenu ! " Benoit l'aime comme un vieil oncle rare qu'il ne rencontrerait que par épisodes. Il est de toute façon un perdant comme lui, mais qui ne parle jamais de son mal invisible.

   Benoit s'est confié, a osé lui parler de ses prémonitions; de ce don .... Charles en a bien ri ! " Car tout cela n'est que foutaise, du hasard seul ... il ne faut pas y croire, ni aux phénomènes supra-naturels qui se cachent derrière leur ésotérisme de bon ou mauvais aloi. Ni même à Dieu ou au Diable ! Puis les morts ? Aucun ne revient, n'est revenu. Sinon on l'aurait su ! D'ailleurs ce mort-vivant-là, recouvert de la peau de son âme, la vanité, vite s'en serait vanté ! Comment un homme - ou une femme - pourrait-il tenir sa langue en de telles circonstances ? Donc pas de fariboles ! Du concret. Du reste, l'invisible, l'intangible, il ne faut même pas y penser ... La réalité est déjà si compliquée ... même si je pense que la vie n'est finalement qu'un grand livre déjà écrit pour chacun de nous, ou plutôt l'un de ces grimoires où l'on enseigne les climats du mal ! ... "

 

Le prémonitorium (suite)

 

   De temps en temps, pour tromper l'ennui des soirs de plomb, Benoit, le coeur battant, va observer, voire rencontrer les filles, les sirènes des caniveaux qui bordent le trottoir d'un quartier ténébreux près de la gare; mais plus déprimé encore est-il après cet interlude foireux. A la longue, il a repéré la silhouette élancée de Malika, une femme sans âge, très brune, au visage fané et couvert de peinture, et il se demande toujours comment cette fille peut loger autant de formes si rondes dans des vêtements aussi courts au bord de l'explosion des coutures ... Malika est doucement devenue sa préférée, tant il se persuade de retrouver auprès d'elle le feu morose des anciens émois avec Josiane. Cependant il goûte cette fausseté qui, dès qu'il l'a quittée, redonne du prix à sa propre existence, à la rue pleine de filles simples, à son âme qui sort de la suie et retrouve le ciel.

   Ce dimanche après-midi, il pleut. Néanmoins la rue se trouve pleine d'un foule adolescente, rieuse à grands pas, dont le repas de midi semble n'avoir été qu'une pomme mordue à la sauvette. Loin de ces turlupins, Benoit s'ennuie encore. Il rêvasse, allongé sur son lit. Charles Zidelin ne l'a pas convaincu, pas même troublé dans son assurance. " Tiens ! la mort ... A quoi peut-elle ressembler, la mort ? Que voit-on, que ressent-on ? " Il essaie d'imaginer cet instant et prononce même tout haut, pour se rassurer : " Bien entendu, là, je ne suis pas dans la prémonition. Je pense. C'est tout ! "
Puis reviennent peu à peu ses réflexions : " Mais il y a l'âme aussi. Que devient-elle alors ? Voyage-t-elle ? Se transmet-elle ? " Et il tente d'imaginer le lien entre certains phénomènes paranormaux et sa propre faculté prémonitoire. Serait-ce un héritage ? ... L'autre jour, un éminent savant (inconnu) était venu prétendre que "rien ne se perd, ni atomes, ni molécules,
indéfectiblement recyclés dans notre univers, et transmis et retransmis. Puisque la vie n'est que ce que laisse la mort ! ... " Alors, Benoit de s'imaginer dépositaire de quelque molécule de pharaon, ou peut-être de Mika, la chienne de ses parents morte depuis trente ans !! Las de ce cheminement oiseux, empêtré dans de telles circonvolutions cérébrales, Benoit s'endort.

   Mais le soir, l'envie est trop forte. Il veut retrouver Malika, cette fille au mépris silencieux qu'il ne voit pas. Devant cette goule, il s'efface à l'image même de ce que serait sa passion, le vrai plaisir pour lui étant celui de se sentir disparaître comme s'il tenait du dieu, du travailleur, de la bête et du banni....
Là-bas, le long de la rue des Chats, son secteur, il ne l'aperçoit pas. Ni les autres soirs. N'y tenant plus, il interroge une autre fille habituée du coin qui ne lui répond pas et tourne le dos. Une autre le toise durant quelque secondes et se met à ricaner.

   Après plusieurs semaines, un entrefilet dans la presse locale apprend que le cadavre tronçonné d'une femme vient d'être repêché dans le canal de la Deûle. Benoit ne peut s'empêcher de penser à Malika. Obstinément. Mais alors, comment agir ? Cependant une idée lui vient : c'est tout ce qu'il fera.

   " Allo ...C'est le co ..commissariat ? Oui ... oui, passez-moi l'inspecteur en chef, j'ai un renseignement important ". Benoit appelle incognito d'une cabine téléphonique du centre ville. Par des mots confus, il dit connaître la femme du canal de la Deûle, qu'il doit s'agir de Malika ... Mais on ne l'écoute pas, puisqu'il ne veut pas dire son nom. Que diable ! Il recommencera plus tard. La semaine suivante, on lui indique le numéro de la police criminelle. Benoit, sourdement inquiet, perd confiance. Il attendra. D'ici là, on aura trouvé un coupable !

   Un mois s'est écoulé. Benoit lit avec effroi dans la presse que le cadavre de la Deûle est probablement celui d'une jeune femme de 30 ans, une prostituée disparue, en cours d'identification. Voilà donc ! il l'avait pressenti ! Puis il se souvient. Dans le quartier de la gare, un soir où il était allé épier les filles, Benoit avait reconnu la voiture rouge et cabossée, celle de l'amant de Josiane. Lui vient une prémonition folle : " et s'il s'agissait du tueur ! ". Cette fois, pour Malika, il appellera la police criminelle. Ce qu'il fait un soir, du fond d'une cabine de la place du Concert. Une voix grave lui répond. Calme, lente ... On l'écoute sans l'interrompre. On se tait. Un temps éternel s'écoule. Benoit sent venir la panique, la sueur sur tout son corps. Il raccroche et s'enfuit.

   Un lundi matin, à 9 heures, à la société d'import-export Lamoureux, des policiers en civil débarquent en un éclair et sans un mot emmènent Benoit sous le regard ahuri des frères Lamoureux et des employés !

" Alors, monsieur ... monsieur Molineux ... on appelle la police nationale sans donner son nom ? On insiste même ? "

   Dans les locaux de la police criminelle, Benoit est en compagnie de deux policiers face à lui, assis chacun sur un coin du bureau. Des jeunes gens identiques à ceux, rigolards, qu'il croise chaque jour dans la rue Nationale, pense-t-il. Et qui ressemblent d'ailleurs aux diablotins qui le tourmentaient naguère dans la cour de son école. Il ne réalise pas. Il a un bourdon dans la tête ! Il ne peut que bredouiller des mots censés traduire sa pensée, borborygmes que les autres n'écoutent pas.

"Allo, allo ! monsieur Molineux ...On a beaucoup téléphoné ces temps derniers. Insister à ce point ? On a forcément quelque chose à dire. Donc vous savez ... concernant le cadavre de la Deûle, Des indices précis ? Des remords peut-être ? ..."

   Là, Benoit s'indigne, outré, mais ne peut s'exprimer, reste coi, paralysé par la crainte. Que de regrets d'avoir appelé, même pour Malika ...

   " Monsieur Molineux ...non, nan, naan ! ... Ce n'est pas satisfaisant. Vous allez donc réfléchir jusqu'à demain, ici, au "chaud". Nous devons tout connaître sur vos agissements. Ne seriez-vous pas le tueur en série que nous recherchons depuis cinq ans ? Oui, vous savez, celui qui a tué cinq femmes dans le coin... Oui, remords ? Ou bien provocation ? ... En tout cas vos appels nous ont bien aidés. Merci encore. mais demain, ce sera différent, vous verrez ! ".

   Benoit est mortifié, terrorisé. Ne comprend plus. Se sent en danger. Pense aux erreurs judiciaires. Qu'a-t-il voulu dire par "autres choses à élucider ? " Quelles choses ? Pourquoi demain ?

 

 

Le prémonitorium (suite et fin)

 

   Le lendemain, après de saint des saints d'une nuit à fond d'ail et de sueur, tapissée de pensées blanches, émaillée de néon, chamboulée de cris, claquements de portes au loin, de gargouillements de tuyaux au fond d'une cellule solitaire, Benoit Molineux attend dans une pièce redevenue sombre, silencieuse, loin de tout. La matinée est déjà bien avancée. Où est-il exactement ? Inquiétant ...

   Au bout d'une heure, la porte s'ouvre enfin, et entre (il le reconnaît) l'amant de Josiane. Il voit mieux le visage cruel aux traits carnassiers. Les yeux noirs le fixent, les yeux de l'homme clignent, et c'est un crépuscule au milieu du jour. Ils sont face à face. L'homme semble un rien amusé. Toujours le silence. Pesant. Alors, Benoit, qui n'a pas dormi cette nuit-là, sans raison, avec le fol espoir de se rendre sympathique, parle avec volubilité (et s'étonne lui-même) de Josiane qu'il n'a jamais revue après le divorce, des meilleurs moments de son passé avec elle ... L'autre ricane, sardonique. Puis, sérieux, l'air plus méchant encore, lui souffle enfin tout bas, comme une confidence : "Aucun problème pour elle. Elle est bien à l'abri. Au milieu de la forêt de Phalempin ..." D'abord, Benoit ne comprend pas et ... et ... saisit le sens du propos de l'homme. C'est un cauchemar !! " Au milieu de la forêt ? Comment ? Alors, elle ... est ... morte et enterrée ? ..." Cette pensée le traverse subitement et il l'exprime tout haut !

   En face de lui, l'homme se tait, tout en le fixant, un rictus méprisant aux lèvres. Au bout d'un instant mesuré, il ajoute calmement : " Enfin, Benoit Molineux, ex-mari de Josiane, tu avoues ? C'est toi qui a fait le coup ? Oui ! Comme toutes les autres, tu as aussi tué ton ex-femme par jalousie et tu l'as fait disparaître, non ? Mais si ... tu viens de le dire à l'instant ! Et pour Malika, c'est toi, c'est bien toi. Tu as aimé ton premier meurtre. Tu as voulu continuer la série, hein ? Avoue donc ! "

   Benoit n'ose plus regarder l'homme. Il a perçu soudain, à ne pas le croire, un tel changement dans sa physionomie, plus dure, creusée, se marquant de traits acérés, une face mordante, masque à l'eau-forte ... Les yeux noirs crèvent, font place à d'autres prunelles qui montent des profondeurs, explorent à leur tour et laissent venir d'autres bulles. Ce sont des yeux d'hiver. Et un sentiment irrationnel de panique le cloue, lui noue la poitrine, ses jambes se mettent à trembler sans qu'il puisse se contrôler. Si cet homme a parlé de Josiane devant lui, c'est qu'il savait ! Oui ! Il connaissait sa disparition ! Celle de Malika aussi ! Et la voiture rouge donc ? Ce soir-là dans le quartier de la gare !

   Mais le cauchemar continue. Benoit veut se révolter. Il n'a rien à se reprocher. Il se défendra, Il vaincra sa lâcheté, mais il ne peut articuler aucun son ... : il ne voit plus que le canon noir d'un revolver pointé vers lui, dans une main velue, là en face, sur le rebord du bureau, et, stupéfait, ces deux petites pointes noires (comme le canon) affleurant en catimini sur les tempes de "l'autre" en face de lui ! A peine a-t-il entendu la sourde détonation de l'arme !! ... Il a senti un grand choc à la poitrine, qui le paralyse. Il regarde, hébété, cette fleur qui s'ouvre, s'étale rougissante au milieu de sa chemise. Il ne peut crier.

   Il ne souffre pas. Anesthésié. Cette auréole qui s'élargit encore : c'est son sang. Il ... va mourir. Il en est persuadé. C'est incroyable. Quoi ... quoi ? Lucide, toujours lucide, il se remémore ce dimanche pluvieux : celle qu'il voulait imaginer, sa propre mort, alors la voilà ! mais il ne peut s'y résoudre ! Il regrette cet instant, et aussi Josiane, Malo-les-Bains, Charles, les frères Lamoureux, et la rue des Chats ... Benoit, Benoit ! Benoit rêve qu'on l'appelle : c'est tantôt une compagne dans la cour de récréation, tantôt sa mère et parfois plus rare, bien que proche dans le temps, certaines filles qu'il a désirées. Ce qui reste de tout cela, le son de ce prénom pareil à un marteau assourdi de chiffons. Benoit a la tête pleine de clous ...

   Mais pourquoi sont-ils tous là, présents dans la pièce, à le regarder ainsi, immobiles, sans dire mot, ainsi que ses parents, si indifférents ... Et lui vient cette autre vision incongrue : une scène d'enterrement, une église vide, la pauvre cérémonie vite bâclée autour d'un minable cercueil en bois verni - c'est le sien ! - à peine couvert de quelques fleurs artificielles. Il en est à la fois bouleversé, navré, outragé ... Puis l'image se délite, s'estompe. Il sombre, mais il entend encore dans le lointain le chuchotis de "l'autre" dictant son rapport ... " Ben ouais, mon vieux ! tu as voulu déguerpir, tu m'as agressé, tu as pris mon arme, tu t'es flingué parce que tu es le coupable, tu as préféré en finir. On est là, on n'est plus là. On n'est plus là et on revient avec les songes ..."

   Et plus loin encore, si loin, un léger bruissement, mais si faible, comme le vol des feuilles d'un grimoire qui se referme.

 

 

Nouvelle extraite du recueil "Le nihil" 

Cette nouvelle a reçu un prix (le 2°) à Nyons au concours de nouvelles fantastiques Barjavel, en 2015. Une autre de ses nouvelles : "Le bureau des formalités" l'a été en 2013 au même endroit . Le tout fait partie d'un recueil " Le nihil " édité il y a quelques années par le Cenacle de Douayeul à Douai -

 

Vous pouvez continuer à lire Jean-Marie Liénard sur sa page F.B.

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