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TROUVER UNE AUTRE LANGUE

                     une voix autre ...

 

 

 

j’ai su qu’il y avait une lenteur. une origine. et qu’au-dessous de cette lenteur au-dessous. dans l’espace restreint toute lenteur j’ai su qu’au-dessous.

j’ai su j’ai su au-dessous. pas loin des ongles. pas loin des cheveux. pas loin des éclats de peaux. pas loin des insectes et des arbres. pas loin de la pluie et des crevasses.

pas loin pas loin des veines et des mollusques. pas loin pas loin du sable et des dents.

que la lenteur venait d’avant la tête, d’avant les bras, d’avant les yeux, d’avant les poumons, d’avant le corps. que la lenteur venait d’avant la bouche et les mains.

d’avant la pâte qui tient ce monde et les jours j’ai su. qu’il fallait apprendre à respirer dans la pâte et cette lenteur d’avant chaque chose.

que les directions multiples et ce qui frémit sous la pierre oui quelque chose du monde de l’avant frémit et sous la pierre. sous les directions.

que la matière se faisait lenteur en moi. c’était un poids. c’était un écho envahi par le poids de son propre écho, répété indéfiniment.

seulement répéter et jusqu’à l’indéfini c’était lenteur. c’était angoissante lenteur. c’était répéter encore.

j’étais un. tout de moi était un. comme une force terrible terrible force tout était un.

et la tempête sous chaque os. et la tempête et sous chaque os quelque chose du cri et de l’unique. comme l’angoisse d’une force. la tempête oui la tempête et cette force.

pas une situation. pas une attente. pas une rive. pas un écoulement. pas un écroulement. pas un devenir. pas un pont. pas une ornière. pas une aspérité. pas une sente. pas une falaise. pas une possibilité.

pas le radieux devenir terre. pas le radieux espoir de la poussière.
lorsque la nuit et chaque instant travailler à l’épuisement. travailler encore à tenir le monde épuisé regarde. sans possibilités désormais regarde regarde. tout tenir épuisé regarde regarde.

ce n’est pas une image.

je ne savais plus ce qu’était vivre j’ai cru que je tenais dans un silence bien plus grand lorsque les ronces dans la poitrine.

lorsque les ronces le silence bien plus grand j’ai cru que j’étais mort lorsque les ronces.

lorsque les ronces et la poitrine.

lorsque les ronces.

et lorsque les friches. lorsque les ronces les friches. et les orties lorsque les orties les friches. et le liseron lorsque le liseron les ronces.

lorsque les racines. puis les racines. et les souches lorsque les souches et les branches et les ronces et les friches.

lorsque la lenteur et l’obstination du désastre lorsque.

j’ai cru que tout s’était arrêté. que tout avait éprouvé la joie de s’arrêter.

 

                   

 

                                                               ***

 

 

 

chaque résonance du terrain et ce qui fait os et sol. l’os seul chaque moindre chaque parcelle du. chaque aspérité, relief, affleurement, ornière, ce qui fait.

ce qui fait moindre encore. dans le moindre moindre encore.

chaque résonance ce terrain et comme un glissement vers le désastre comme un glissement des corps vers.

comme un glissement les corps le terrain le moindre vers.

comme un glissement chaque parcelle chaque centimètre arraché minuscule et moindre chaque.

mille vies qui n’en font pas une et c’est un silence encore mille vies mille un silence encore.

et comme emportées par la vague la vague immense regarde elles sont emportées encore c’est un silence regarde.

elles sont emportées ici où les oiseaux tremblent toujours à la fenêtre regarde mille vies et seulement une.

la vague et tout ce qui emporte immense la nuit mille vies et une la nuit immense tremble.

j’écris dans l’état de l’après. dans l’âpre et la glaise regarde ce qui s’écrit là où les eaux se sont retirées. là où les eaux n’ont laissé que terre meuble et molle j’écris.

là où les eaux. là où l’état de l’écrire j’écris oui ce n’est pas mourir encore j’écris.

pour chaque fenêtre regarde regarde comme je tremble écrire tout au fond de cela. pour chaque fenêtre.

chaque centimètre. chaque résonance. chaque terrain. chaque pierre. chaque muscle. la vague et derrière la vague l’âpre après comme un tremblement regarde.

quelque chose creuse les mains. quelque chose creuse le dos. quelque chose creuse la tête et la nuque. plie les membres. arrache et casse. quelque chose quelque chose nous façonne dans ces instants étouffants.

comme pierres quelque chose quelque chose comme pierres.

les oiseaux savent que cette vie n’est pas la nôtre. qu’il est difficile d’être de ce monde difficile difficile d’être. là où les vagues, et le reste.

les oiseaux savent becs serres ailes noires et le reste ils savent.

j’écris de là. j’écris de l’après où est l’impossible. j’écris dans et contre et les guerres sont tenaces dans et contre. j’écris ce qu’il faut encore ce qui fait défaut encore.

ce n’est pas mourir ce n’est pas l’affaissement de. non ce n’est pas mourir regarde ce qui dense danse ce n’est pas mourir non pas un affaissement non regarde. non.

ce n’est pas mourir ici les guerres sont tenaces non.

non ce n’est pas mourir encore non.

ici chaque guerre lente et tenace tout lutte contre la lutte même. dense et tenace. ici les guerres tiennent le non.

ici je sais que les guerres tiennent.

ici je sais que ton nom tient oui. je sais que ton nom.

que tout tient pour que les guerres tiennent. que tout s’obstine dans ce qui tient en guerre. salive et sang. sueur et pisse. que ça épuise. que ça ne s’épuise pas.

que dans les guerres les corps sont tenaces. que les agencements sont tenaces.

ici je ne sais pas ce que je dis. dans la langue il y a une autre langue qui creuse, gratte et crie. dans la voix un million de voix autres. m’adressent. me tarissent.

la langue la langue une autre langue je sais. ça crie.
ce n’était pas mourir non.

ce n’était qu’une image je croyais t’y trouver. je croyais, dans la lézarde et l’interminable implosion des forces, de toute force. langues, voix, je disais.

te trouver je ne sais pas ce que je dis te.

trouver une langue autre, une voix autre. lorsque les oiseaux, la fenêtre, tu sais. trembler oui tu sais.

trembler te trouver. comme une implosion du nom. comme l’affaissement des forces ce n’était pas mourir non.

le désastre ne sera plus très long encore. tu sais qu’aucun désastre n’est très long encore.

 

 

 

                                                              ***

 

 

 

 

comme si un jour. se rêver vivant et jour et marchant et marchant et. dans un monde comme si. comme si un jour dans.

se rêver oui marchant et dans un monde. à chaque instant chaque instant révélant la mort du vivant pourquoi.

se savoir en vie et jour pourquoi chaque instant.

se savoir en vie et pourtant. pourtant dehors chaque signe d’une mort déjà advenue pourtant. savoir jour portant dehors. portant tout ce qui porte dehors.

se savoir vivant dans sa propre mort déjà advenue. savoir sa propre vie de mort déjà advenu. oui. comme si un jour. comme si.

chaque nuit avancer la mort déjà advenue ce monde avancer.

comme une angoisse remontant chacune des vertèbres ce monde. cette nuit et chaque nuit. chacune des vertèbres.

nous ne savons pas que nous avançons. nous ne savons pas avancer.

comme une angoisse pourtant rien ne s’envole tu sais. nous avançons et rien ne s’envole. tu sais rien ne s’envole chaque nuit.
nous ne savons pas tu sais.

nous avançons loin au-devant de nous-mêmes égarés. rien ne s’envole. loin au-devant et un poids entre les côtes.

nous avançons égarés la chair vide d’elle-même. comme un poids loin au-devant de nous-mêmes. entre les côtes.

nous avançons. nous avançons lourds entre les côtes nous avançons lourds.

de tout ce qui devient corps tu vois. de tout ce qui devient nous nous perdons.

dans les immeubles, les parkings, les rues, les gares, les stations de métro, les routes, les trottoirs, les frontières, les continents, les désastres d’hommes.

chaque désastre à mesure d’homme.

nous nous perdons dans tout ce qui avance mort nous ne savons plus ce qui avance.

nous nous perdons nous ne savons pas que nous sommes déjà morts. nous ne savons pas ce que dit ce monde tout est déjà mort.

nous nous perdons. nous ne savons pas que nous sommes perdus. nous ne savons plus être perdus.

nous ne savons pas. nous ne savons pas.

oh ma langue comme nous ne savons pas.

le monde est terrible d’ombres et nous ne savons pas. ces mouches qui se heurtent au plafond. ces insectes qui rampent sous le lit.

terrible terrible d’ombres tout ce que nous ne savons pas.

le monde est terrible quelle est sa guerre qui n’est pas la nôtre quelle est sa guerre.

qui ne soit pas la nôtre.

terrible terrible d’ombres oh ma langue oh.

quelle est sa guerre maintenant j’avance comme divisé. comme une multiplication de désastres divisés dans.

la tête.

la mâchoire.

les côtes.

les veines.

oh ma langue comme nous ne savons pas. j’ai cru que tenir était une folie. lorsque je m’effondrais en moi-même, dans ce monde qui tient sa violence. en moi-même.

quelle guerre encore je ne savais pas. je m’effondrais dans le vent et je ne savais pas.

oh ma langue. je ne savais pas. le vent m’effondrait je ne savais pas oh ma langue. comme le vent m’effondre comme le vent s’effondre ma langue.

je ne savais pas. je ne savais pas le vent. je ne savais pas ce qui dans le vent. ce qui existe dans le vent.

oh ma langue je tenais le vent dans mes os ses tempêtes terribles d’effondrements. je ne savais pas.

le vent ne savait pas.

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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