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   Maintenant, toujours. Les tasses, les revues, les jambes. Et ce qu'on tente de tenir à distance. Un peu plus loin que les mots. Là, juste à la lisière, là où se passent les choses, où elles semblent déborder, recouvrir la lumière de leur plein têtu. Là où on ne sait plus nommer mais seulement dire, le doigt pointé : regarde, tu vois ? Regarde.

 

 

                                                        *

 

 

   La lumière vient et se retire. Le verre brille. On n'entend que le silence avec, peut-être, des oiseaux. Le paysage reste posé sur la vitre, immobile. Plus on le regarde plus il semble s'éloigner. Plus loin, la neige. Plus loin encore, le sang.

 

 

                                                       *

 

 

   Tu prends ? La voix ne se tait pas. La lumière entre à flots. Tu prends ou tu prends pas ? Bruit de bouche. Comment veux-tu qu'on sache ? Tu prends alors ? Bruit mou, comme d'un corps qui tombe.

 

 

                                                       *

 

 

   La solitude est lumineuse. Elle a des jours jaunes. Elle a des voix. Si proches qu'on ne les reconnaît pas. Elle a du sel, du temps. Elle a un banc, mais qui vient s'y asseoir ?

 

 

                                                     -1-

 

 

   La fatigue sur les yeux, ou le ciel bas ou les deux, je ne sais pas. Tu avances : les paysages, les visages défilent, se referment derrière. Devant, tu ne vois rien. Une voix, dans les couleurs absentes, te souffle quelques mots.

 

 

                                                       *

 

 

   Tu perds la tête, les gestes, les objets. Tu te retournes. Tu cherches tout autour. Où sont tes doigts, ta langue ? Tu perds le jour. Tu y vois très mal. Tu perds le compte. Un, deux... Après trois, tu ne sais plus. Tu perds ton temps, ton sang. Tu perds : tout court.

 

 

                                                         *

 

 

   Tu te fais poreux, transparent. Le dehors soudain est ton dedans et vice versa. Tu es le lierre illuminé, la pointe d'un toit, les trilles insistants, les ombres bougeantes, les voix, l'in- quiétude du jour. Tu es, un instant, tout ce que tu n'es pas : les deux clochers, les pieds qui passent, l'eau qui s'en va, le chien en laisse. Tu n'es plus ce que tu es. Tout te traverse.

 

 

                                                      *

 

 

   Tu es ce qui revient mais sans savoir quoi. Tu le vois sans le voir. Tu l'entends. Ça respire, peut-être, ou quoi ? Qu'est-ce que tu cherches dans ce revenir ? Un paysage ? Un bonheur bref ? Un rire ? Qu'est-ce que tu trouves ?

 

 

                                                       *

 

 

   Une porte fermée ? Une voix dans l'escalier ? Ces choses tant de fois répétées ? Tu es là, dans une lumière d'hier ou d'aujourd'hui ? Tu marches comme tu peux avec des jambes qui font mal. Tu marches. Dans un bleu qui ressemble au passé. Tu t'enfonces dans une image. Elle s'évapore. Tu n'y vois presque plus. Tu dis simplement quelques mots pour y voir encore un peu.

 

 

                                                   -2-

 

 

   Et puis encore, attendre. Le bruit des pas s'approche, s'éloigne. Le même tuyau, la porte entr'ouverte - et quelque chose de plus, disait-il. Mais quoi ? Peut-être cette image du passé projetée sur chaque objet et qui les rend méconnaissables. Ou encore l'interstice, tu sais, cet infime bougé entre les mots et ce qu'ils disent. Ou simplement cet amour que tu aurais voulu rendre visible et qui vient de passer là, sans que tu t'en aperçoives.

 

 

                                                    *

 

 

   Tu t'es tu. Pourtant quelque chose continue. Une sorte de rumeur (insectes, cris, craquements, bruissements), une voix peut-être mais sans bouche, des paroles silencieuses. Tu écoutes, tu comprends mal.

 

 

                                                 *

 

 

   Tu dis : j'efface et je recommence, La même pièce, les mêmes meubles - pas la même lumière. La montagne vacille, les ombres penchent. Quelqu'un parle en bougeant les mains. La même rengaine, toujours ? On comprend mal. Tu recommences. Tu t'effaces.

 

 

 

(Extrait de  La vie, malgré, inédit)

 

 

 

Publié par la revue de poésie  arpa  - N° 115 - 116

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Tag(s) : #Poésie

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