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Fragment 45

 


Souvent j’ai l’impression… que les mots ne sont que des mots et que les mots sont pourtant bien plus que des mots (bon, je sais que ça ne veut rien dire, mais je le dis quand même)

Cette phrase est paradoxale, mais il est vrai que j’aime les paradoxes, tous les paradoxes, les parasols aussi, surtout au soleil de l’été méridional avec un pastis bien frais ou un monaco sans impôt, et j’aime aussi les parafoudres et les paratonnerres quelquefois, et même les parapharmacies. Les parachutes ou les parapentes, je n’en sais rien si j’aime ça ou pas, il faudrait sans doute essayer pour savoir, mais j’ai bien peur d’avoir trop peur…

Moi, les paradoxes, je m’en nourris à chaque instant, et avec délectation parfois, c’est ce qui fait et défait ma vie et toutes les vies. J’aime ça, les paradoxes, et je m’en nourris, j’en ai plein la bouche et plein la tête, mais malgré tout je préfère nettement le chocolat quand même, et sans aucune discussion possible, ou juste un monologue intérieur et silencieux. Pourvu qu’il soit noir, le chocolat, pas le paradoxe.

Nous sommes, je le suis en tout cas, la somme, si ce n’est la multiplication au centuple de tous mes paradoxes. Je suis paradoxal, vous l’êtes aussi j’espère, car je ne suis pas, nous ne sommes pas, et personne je pense n’est construit d’un seul bloc, d’un seul morceau de béton brut de décoffrage. Nous sommes tous faits de pleins de petites ou grandes contradictions, ou moyennes contradictions, sans parler des contractions. Nous ne sommes pas ou tout blancs ou tout noir, ou tout vert ou fermé, car rien n’est d’une seule couleur en vérité. Nous sommes multiples, multicolores et multiformes.

Le monde qui nous entoure, et qui nous tourne autour à force de nous entourer, surtout autour de moi, et de vous aussi, et à force et avec force, et qui nous encercle et nous embrasse de ses bras gigantesques, et je ne sais pas pourquoi il me tourne autour comme ça, n’est-il pas le paradoxe des paradoxes, une sorte de paroxysme des paradoxes, ou un machin, truc ou bidule de ce genre-là.

Le monde, notre monde immonde, est si beau et si laid, si beau comme un palais, si moche comme un balai. Le monde, c’est à la fois le paradis et l’enfer, un enfer paradisiaque, un paradis infernal. Les hommes sont si bons et si mauvais, tout à la fois, et si cons souvent, si chiants aussi. Si paradoxaux et paranormaux.

Le paradoxe paradoxal dans cette phrase de début du commencement de mon texte sorti de son contexte, c’est que les mots ne sont que des mots tout en étant bien plus que ça. Je dis ça, je dis rien, comme disent certains sans vraiment le dire, mais tout en le disant quand même. Les mots, je les aime, ils m’aiment aussi je crois, j’espère du moins, et du plus aussi. Les mots, je m’en sers, ils me servent, je suis leur cerf, eux mes seigneurs, ils sont mes cerfs-volants, principalement quand mon cerveau lent tourne un peu trop au ralenti, voire passe à l’arrêt total et quasi-définitif, quand il ne part pas en marche arrière.

Mais trêve de plaisantes plaisanteries, et venons-en enfin au cœur du sujet verbe complément direct et indirect que je voulais développer ici bas et ci-joint, là. Car je parle de tout ça pour parler de l’horreur qui nous tourmente, qui me tourmente, maintenant, désormais et jusqu’à pas d’heure, depuis le début de la fin du monde, de notre monde de joie joyeuse et d’insouciante insouciance, de légèreté et de belles frivolités, depuis que de vulgaires dégénérés, obscurs obscurantistes, et radicaux radicalistes se réclamant d’un islam extrêmiste, sèment la tempête et la mort, en eux d’abord, mais eux on s’en fout, et en nous de plus en plus, et on s’en fout moins tout à coup, qu’avons-nous donc à leur présenter en réponse à ces gens qui se permettent des actes innommables et impardonnables ? Rien. Des mots. Moi je n’ai que des mots.

Sortir des armes, des kalashes, des bombes, des couteaux, des camions, et des gifles aussi, bien sûr, mais pour tuer qui, quoi, comment ? Pas au hasard comme ils le font, eux, pas des innocents, comme ils font, eux. Ce serait leur faire trop d’honneur que de tomber dans le piège de la haine vaine, ce serait foncer tout droit vers la guerre civile, ce puits sans fond, sans fin, si ce n’est juste notre propre fin. La fin de notre monde de liberté, ou de ce qui ressemble d’assez près à la liberté.

Nos hommes politiques, oui, je sais, on a les hommes politiques que l’on mérite, mais qu’a-t-on fait pour les mériter ceux-là, et dans l’expression classe politique, on cherche encore, et bien inutilement, ce qui peut bien être classe, sûrement pas la politique en tout cas, ni ceux qui la représentent si mal. Nos politiques ont des mots aussi, bien sûr, ils ont toujours des mots. Et n’ont souvent que ça.

Ces gens-là ne sont que promesses, paroles en l’air, mots semés au vent, du creux, du vide. Ils nous ressortent toujours les mêmes discours, qu’ils n’ont souvent pas écrit eux-mêmes, mais qu’un sous-fifre, stagiaire de l’ENA, de Science po, ou de BFM TV a écrit pour eux, ou plus sûrement a recopié-collé, d’un précédent discours, pour un autre ministre sinistre, ou autre député dépité, en changeant juste un mot ou deux, ou même aucun. De bonnes paroles, formules toutes faites, phrases ineptes, de simples mots et des mots simples, parfois même simplistes, souvent simplistes. Des mots de haine aussi, mots de FN.

Sur toutes les chaînes, ça se déchaîne, des soi-disant spécialistes, journalistes ou politiciens et autres vendeurs de vent, nous disent que c’était à prévoir, qu’on n’a encore rien vu, qu’il faut s’attendre à pire, etcetera. Et sur les réseaux sociaux, ou asociaux, les fesses de bouc ou de chèvre, des gens multiplient les amalgames haineux, fascistes et racistes, quand d’autres lancent des appels à la fraternité multiconfessionnelle et à plus d’humanité dans ce monde déshumanisé. Paradoxe des paradoxes là encore.

Et moi, ému, et abattu, je n’ai pas les mots pour dire ce que je ressens, ce que je sens autour de tout ce sang, car les mots ne sont pas assez, et ne seront jamais assez, percutants, puissants, virulents, violents, terriblement terrorisants. Face à l’horreur épouvantable et monstrueuse de ces gens, dont on parle trop, dont on fait presque d’eux des héros, alors qu’ils ne sont que de sombres zéros, moi n’ai pas les mots, mais ça ne m’empêche nullement de m’exprimer, ne serait-ce que pour dire que je n’ai pas les mots. C’est important de le dire, alors disons-le.

 

 

Tag(s) : #Humeurs

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