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Depuis toujours, je défends l’idée que la poésie, même si elle est une activité savante, n’est pas réservée par principe à un petit groupe de spécialistes. Elle naît de l’usage que les peuples font de leur langue. Elle ne vit que parce qu’elle est mise en commun. Écrire un poème, comme chanter, peindre ou cuisiner est une façon de partager son plaisir. Pour moi la poésie est une fabrique de bonheur, un transformateur électrique qui convertit nos sentiments et nos idées en énergie. Elle est une façon d’être de plain pied dans le réel, sans s’accommoder de l’état des choses. Elle est à la fois la conscience et l’utopie du monde. Parole intime, elle est d’utilité publique.

 

 

 

Mets un peu plus de rouge…
(chanson)


Si ta joue est trop pâle et que ta lèvre est fade,
si tu es fatiguée, si tu es mal lunée
si tu veux réveiller ton sourire de beauté,
mets un peu plus de rouge, ma belle, mets un peu plus de rouge !

 

Si la table est trop triste et le tableau banal
si le plat est trop plat, si tu n’as goût à rien
si  tout manque de sel, de passion et de force
et si l’eau dans ton verre elle aussi est trop plate
mets un peu plus de rouge, mon vieux, mets un peu plus de rouge !

 

Si je jour est livide, la campagne embrumée,
si la terre et le ciel sont privés de soleil
si le pays s’endort indifférent aux autres
égoïste, impuissant, comme paralysé,
pris dans la camisole de l’ordre et du confort
mets un peu plus de rouge, mon frère, mets un peu plus de rouge !

 

Si la ville est blafarde, si la vie est trop terne,
si les matins sont mornes, et le monde sans rêve,
si l’histoire s’est mise à faire marche arrière
si dans la rue le peuple passe sans espoir
si l’arc-en-ciel lui-même a perdu ses couleurs
et que le drapeau de la révolte est en berne
mets un peu plus de rouge, camarade, mets un peu plus de rouge !

 


Le 20-IV/2016

 

 

 

Un démocrate



Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit
(mais il ne dit pas grand chose
et n’en fait pas plus)
Il est clair et transparent
comme l’eau de roche qui coule de source
(ou l’eau du robinet) ;
transparent au point que chacun
peut voir à travers lui.
Et personne ne le voit
personne ne le remarque.
(Il se demande pourquoi).
Démocrate
il pense que le plus important
est d’écouter tout le monde
pour se faire un avis
et savoir ce qu’il pourrait penser et dire.
(Et, curieusement,
personne ne l’écoute).

 

 

le 17/04/16

 

 

 

 

 

Comment je me suis mis à croire aux fantômes

 


D’ordinaire, je peux l’affirmer,
je suis un mauvais client
pour les marchands de superstitions,
les faiseurs d’horoscopes,
les V.R.P. de l’au-delà,
les interprètes assermentés
spécialisés dans le dialogue avec les morts.
A tous ceux-là,
et depuis toujours,
je suis réfractaire.

 

Je n’entretiens aucun rapport avec les esprits
les zombies,
les morts-vivants,
les goules,
les revenants
et je ne compte parmi mes relations
ni Dieu, ni extraterrestre.
Pas même un vieux lord écossais âgé de trois cent ans
amateur de whisky qui ne porterait sous son kilt
qu’un chapelet d’os tintinnabulants.

 

Pourtant, depuis quelques temps,
il me faut l’avouer,
j’en suis venu à repérer la présence,
évidemment invisible mais certaine,
tout autour de nous de fantômes.
Et, sans être devenu expert,
il me semble que leur apparition
a tendance
à se multiplier.

 

Des fantômes, il y en a de toutes sortes :
travailleurs clandestins,
chômeurs en fin de droits,
ouvriers membres d’une classe
elle-même devenue fantomatique,
travailleurs intellectuels qui font leur métier
loin des caméras,
philosophes et savants,
penseurs, artistes et militants
qui ne mangent pas
dans l’écuelle des médias,
écrivains qui n’appartiennent pas
à la bourgeoisie
et donc n’existent pas…
(Tous sont connus
mais rarement ils sont reconnus).
On peut les apprécier ;
pas leur donner de prix.
On peut les croiser dans la rue
et même les saluer
mais chacun sait
qu’ils appartiennent à la race maudite des Transparents.

 

Si j’avais encore une hésitation
quant à l’existence
du peuple immense des spectres
qui hantent notre monde,
aujourd’hui, nul doute ne me serait permis :
hier, marchant avenue Montaigne, sur le trottoir
j’ai vu dans la devanture d’une boutique de luxe
un grand miroir ;
j’y ai jeté un regard
et n’y ai pas aperçu mon reflet.

 

Depuis je sais
que les fantômes existent.
J’en fais partie
et ils sont
le plus grand nombre.

 

(Ce qui,
somme toute,
m’a plutôt rassuré).

 

 

 

DERNIERES NOUVELLES DU MONDE

 

Un journal bat des ailes et s’envole dans la rue…
Les chiens ont fait sur elle ;
La ville est froide et nue.

 

La tempête est passée ; elle a tout mis par terre :
poubelles renversées
panneaux publicitaires…

 

Le journal tourneboule comme la planète
qui a perdu la boule
et a mal à la tête.

 

Une bottine rose gît sur le trottoir.
Ramasse si tu l’oses
celle qui vient de choir.

 

De quelle petite fille, protégeait-elle le pied ?
Notre monde vacille
devant les réfugiés.

 

Que disent les nouvelles ? Qu’on a jeté des bombes ?
Que la fête était belle ?
Qu’ailleurs des hommes tombent ?

 

Qu’en retiendra le monde ? Tout passe et tout s’oublie
C’est ainsi, à la ronde,
Nous passerons aussi…

 

Sommes-nous ces papiers tachés que nul ne lit,
ces journaux barbouillés
par le vent et la pluie ?

 

Nous sommes ces journaux aux feuilles déchirées
qui s’en vont à vau-l’eau
défaits, salis, mouillés.

 

Mais ne renonce pas, chausse tes propres ailes,
prends ton envol et va
apporter la nouvelle.

 

En bottes de sept lieues, fais le tour des détresses
et annonce en tout lieu
un règne de tendresse.

`

(14 février 2016, jour de la Saint-Valentin)

 

 

 

Refus d’obtempérer
 


Dans la cellule où forte tête
Je tue le temps et fort m’embête
Je tourne en rond depuis midi
L’air est malsain et confiné.
Mais tel est le prix par ici
Pour un refus d’obtempérer.

 

Je n’étais pas dans un bon jour
Sans doute et c’est l’état d’urgence.
Je faisais seulement demi-tour
Quand un jeune flic plein d’arrogance
M’a ordonné de m’arrêter ;
Je l’ai envoyé balader.

 

J’ai dû souffler dans leur machine
(Pour eux j’étais soûl, j’imagine)
Mais j’étais clair comme l’eau qui court.
On m’a fiché, interrogé
Mais on ne m’a pas molesté
Et pas pendu ni haut ni court.

 

Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.



Dehors, les piafs font la fête…
Gardé à vue mais sans lunettes
(Confisquées pour ma protection)
Diminué et démuni
Je piaffe comme un oisillon
Dans cette geôle où on m’oublie.

 

- Ne te plains pas ; t’as de la chance
Tu sais que c’est l’état d’urgence
Et que les flics sont sur les nerfs.
Ils t’avaient dit de t’arrêter ;
Tu aurais mieux fait de te taire.
Sois heureux qu’ils n’aient pas tiré !

 

(Ne dites jamais que la Terre
Est une geôle à ciel ouvert…)
Depuis qu’on m’a pris mon portable
Je ne sais plus quelle heure il est.
Est-ce la nuit ? Sont-ils à table ?
S’inquiète-t-elle ma bien-aimée ?



Dans cette geôle où nous passons
File des heures la chanson.
Le temps qui passe est comme un vin
Perdu et que l’on verse en vain.



Je suis enfermé au sous-sol
Des tapis jetés sur le sol.
J’attends, avec un jeune Noir
Qui s’est déjà presqu’endormi.
Lui a fui la Côte d’Ivoire
Et la guerre pour voir Paris.

 

- A votre âge est-ce sérieux
De se conduire en délinquant ?
- Allez vous faire voir !… A mes yeux
C’est, à mon âge, rassurant
Plutôt, de se faire embarquer
Pour un refus d’obtempérer.

 

Notre geôle ne fait pas envie…
Qu’importe ! Sous peu je me tire
Pour retrouver dehors la vie.
Mais derrière moi je vais laisser
Le jeune voleur à la tire.
De lui, qui donc va se soucier ?

 

 

le 6/2/2016

 

 

 

 

Faisons connaissance.... Francis Combes

 

francisweb1.jpg

 

 

Francis Combes est né le 31 mai 1953, à Marvejols, en Lozère. Après une enfance cévenole, il est venu s’installer avec  sa famille (ses parents enseignants et ses deux frères) dans la banlieue parisienne, à Aubervilliers. C’est là qu’il vit aujourd’hui, avec sa femme, la journaliste Patricia Latour.

Il a quatre enfants et quatre petits enfants (du moins, pour l’instant…)

Il est diplômé de Sciences Po et a fait des études de langues orientales.

Il a été l’un des responsables de la revue Europe et, de 1981 à 1992, directeur littéraire des éditions Messidor.

En 1993, avec un collectif d’écrivains, il a fondé les éditions Le Temps des Cerises, dont il est le directeur.

Engagé dans la défense de l’édition indépendante, il est l’un des fondateurs de l’Association L’Autre Livre dont il assume actuellement la présidence.

Poète, il a publié une quinzaine de recueils. Ainsi que des anthologies et quelques ouvrages de proses.

Certains de ses poèmes ont été traduits dans diverses langues (arabe, anglais, allemand, italien, tchèque, portugais…)

Pendant quinze ans, il a été, avec le poète Gérard Cartier, à l’initiative de la campagne d’affichages poétiques dans le métro parisien, campagne malheureusement suspendue pour le moment par la direction de la RATP.

Il a travaillé avec des musiciens (notamment le compositeur chilien Sergio Ortega) et écrit des chansons et des livrets d’opéra ou de pièces musicales qui ont été portés à la scène.

Il a traduit en français Maïakovski, Heine, Brecht, Attila Joszef, des poètes américains comme Eliot Katz ou Jack Hirschman. Et adapté des poètes de différents pays (tchèques, espagnols, persans…)

Engagé dans la vie sociale et politique, il a aussi une activité de journaliste, de critique et d’essayiste.

Il participe fréquemment à des lectures et est invité dans différents festivals (Lodève, Trois Rivières au Québec, San Francisco, Ramallah et Naplouse en Palestine, Sarajevo…)

 

 

 
Tag(s) : #Poésie

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