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   Elle avait toujours eu peur des médecins, elle ne voulait pas consulter. Pourtant la chair, à l'entour de son nez, se ronge, maintenant. A l'hôpital, il est trop tard. Un œil, puis l'autre, disparaît sous des pansements. La surdité l'a déjà coupée  du monde. Elle attend la délivrance.

   En face d'elle, à peine un fils, à la recherche de l'amour comme des truffes. Révolté de la voir s'accrocher au Christ et de lui reprocher ses emportements, il la crucifie. Toute l'enfance, il l'a cherché passionnément, le Christ  -- pour sa plus grande fierté de mère.

   Or les prêtres mentaient sans cesse à draper le Mystère de voiles si épais qu'aucune espérance ne se levait du linceul palestinien. La nuit qu'ils prétendaient transfigurer se glaçait ; la solitude, à couper au couteau. Quelqu'un criait-il de terreur : des soutanes le bâillonnaient. Le regard-maison stigmatisait partout des blasphèmes. Si un amour appelait, pur comme des pétales de roses, la honte "innée" le chassait. Chaque jour, un rouleau de barbelés à serrer plus fort contre la peau. Il avait eu beau bousculer et salir la Sainte Vierge -- un défi ridicule --, aucune joie n'était venue. Au contraire une haine aveugle avait pris possession de lui ; les cierges se payaient la gloire de Dieu.

   Et il entrait, empêtré d'arômes, telle une injure. Il venait par devoir, en toute honte, incapable de dispenser une heure de calme, un vernis de tendresse, entre les bras grêles qui l'avaient si peu serré et les pieds sur la pointe desquels elle avait si souvent dressé la colère. Il saurait bien pleurer, mais trop tard, entre les draps qu'elle aurait lavés tant de fois, avec ses dernières forces, pour lui  -- qui trébuche encore à naître.

 

 

Extrait de  LA VIE CRÉPUSCULAIRE

Prix KOWALSKI

CHEYNE ÉDITEUR 1996

 

Tag(s) : #Poésie

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