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EUCHARISTIE

 

La foule des pauvres pour la communion

comme à Bethléem la file des bergers

apportant des cadeaux à mon petit roi.

Ils viennent aujourd'hui en tendant la main

ou en ouvrant la bouche et c'est lui qui se donne

dans le pain et le vin. Au retour je vois

leurs âmes s'éclairer comme des maisons

le soir sur la colline et la plus petite

devient un palais. Ils goûtent, ils savourent

puis, levant les yeux, découvrent qu'entre eux

les murs sont tombés, qu'ils habitent ensemble.

 

 

 

 

AGONIE

 

Mon grand, tu dois tout boire.

 

Desserre les dents

pour la cuillère et le médicament.

 

Desserre le poing

pour le clou du bourreau.

 

Desserre ton cœur

pour l'injure et la lance.

 

Nous guérirons tous.

 

 

 

 

FLAGELLATION

 

Les premiers coups commencent à pleuvoir

et tes disciples sont partis s'abriter.

Laisse-moi rester près de toi sous la pluie

dans la maison sans murs où tu donnes audience

à tous les humiliés et les offensés.

 

Les autres reviendront chercher la chemise

la tête ou le cœur qu'ils ont abandonné

pour échapper aux coups. Retiens-moi ici

sous la pluie noire du mépris, avec toi

et les sept épées qui gardent mon cœur.

 

 

 

 

COURONNEMENT D'ÉPINES

 

Tu me regardes, couronné d'épines

et je te regarde. Ai-je été ambitieuse

pour toi ? J'ai longtemps attendu quelque chose

après les merveilleuses paroles de l'ange

les cadeaux des Mages et les prophéties

des vieillards du temple. À Cana, peut-être

j'ai hâté ton heure. Ensuite, j'avais peur

chaque fois qu'on voulait t'offrir une couronne

la couronne d'or, la couronne de palmes :

je guettais dans tes yeux qui ne me voyaient pas

un consentement qui n'est jamais venu.

Maintenant, tu as celle que tu attendais.

Je peux te regarder comme tu me regardes

entre les soldats, les yeux pleins de larmes

parce qu'il n'y a plus de malentendu.

 

 

 

 

PORTEMENT DE CROIX

 

Je voudrais que tout soit déjà fini

et que les montagnes nous ensevelissent.

 

Mais tu te relèves, tu portes plus loin

cette croix énorme qui te portera

 

pour qu'au-dessus de moi tu embrasses le monde

avant que j'aie le droit d'embrasser ton corps.

 

 

 

 

CRUCIFIXION

 

Je suis vidée de lui comme à sa naissance

mais il était trop grand, je n'avais plus l'âge

et quand je laverai le sang, il sera mort.

 

Il ne criera plus sa peine d'être au monde.

Je suis vidée de lui et je recueille tout

comme une bassine au pied de la croix :

 

son soupir vers le Père incompréhensible

cet enfant qu'il me donne au moment de partir

un fils à la place de l'irremplaçable.

 

Même son pardon aux bourreaux, je le prends

confondue avec eux, plus égarée qu'eux

je prends tout ce qui peut humecter mon cœur.

 

J'attends les yeux fermés les premières gouttes

après les ténèbres de l'orage sec.

Je ramasse les miettes du festin d'amour.

 

 

 

 

Jean-Pierre LEMAIRE

 

Le Pays derrière les larmes

 

nrf   /  Poésie  /  Gallimard

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Pierre LEMAIRE : Grains du Rosaire
Tag(s) : #Poésie

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