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Katia Martaud

 

 

 

 

Qu'y a-t-il sous le tapis, qu'y ?

 

Tout commence un soir d'hiver. Il est tard, la nuit est déjà tombée. Gaston, un vieil écrivain, qui vit seul depuis des années, s'apprête à passer une soirée au calme, comme il en a l'habitude.

 

Chaque soir, il s'installe au coin du feu après avoir dîné. Puis il s'empare de son cahier préféré. Un cahier relié avec une couverture de carton épais, recouverte d'un tissu multicolore. C'est son moment à lui. Ce moment où il s'échappe de son monde ennuyeux, où ses enfants devenus grands, ont quitté la maison pour fonder leurs propres familles.

 

Il s'installe donc confortablement dans son fauteuil devant la cheminée et ouvre son cahier sur ses genoux. Son stylo est accroché à ce cahier, pendant au bout d'une ficelle. Il réajuste ses lunettes, puis commence à réfléchir à une histoire qu'il pourrait écrire pour divertir les enfants.

 

Son éditeur attend son manuscrit avec impatience. Ses livres sont très appréciés des jeunes lecteurs.

Il est donc là, rêvant dans le silence de sa maison, à un monde où se promènent pleins de petits lutins. Ça y est ! Il tient une histoire !... Un morceau de bois crépite dans la cheminée. Gaston se redresse un peu, saisit son stylo, et commence à écrire :

« Le soleil est déjà haut dans le ciel. Les lutins sortent de leurs maisonnettes, car ils ont rendez-vous pour célébrer un grand jour... »

 

Subitement, un mouvement dans la pièce attire son regard. Il n'a pas d'animaux de compagnie donc il tourne la tête, pensant qu'un vêtement vient de glisser d'une chaise dans la salle à manger.

 

Il n'en est rien ! Sous l'effet de la surprise, il fait un bond , se retrouvant debout devant son fauteuil. Le stylo toujours dans sa main, retient le cahier qui a glissé de ses genoux lorsqu'il s'est levé. Celui-ci se balance mollement, pendu au bout de sa ficelle.

Les doigts de Gaston sont crispés sur le stylo. Il serre si fort que les jointures de ses doigts ont blanchi. Gaston est paralysé par la stupeur.

 

Là, juste devant lui, il y a une bosse sur le tapis ! Le plus surprenant est qu'elle s'agite et semble vouloir se déplacer !...

un hoquet de surprise mais également de terreur lui échappe. Secoués , ses doigts laissent tomber le stylo qui part vers le sol emportant le cahier. Le bruit sourd qu'ils font en touchant le sol, fait sortir Gaston de son immobilisme.

 

Il s'élance, évitant soigneusement les abords du tapis et s'empare d'une des chaises de la salle à manger, qu'il dresse au-dessus de sa tête. La bosse ne bouge plus. Sait-elle que Gaston est là ? A-t-elle entendu le bruit ? Gaston attend.

Il est là, en sueur, le cœur qui bat à tout rompre, espérant que ce ne soit qu'une grosse souris qui cherche un abri pour les froids de l'hiver.

Un petit mouvement, puis deux, la chose reprend son déplacement en tressautant. Gaston ose à peine respirer. Ce qui se trouve sous la carpette de laine s'approche dangereusement du bord et va atteindre le parquet. Les yeux du vieil homme s'écarquillent...

 

Il va savoir qui est l'intrus sous le tapis ! Mais veut-il le savoir ?

 

D'un coup, toutes les terreurs de son enfance refont surfaces : la peur du noir, les bruits dans la charpente qui l'empêchaient de dormir, le monstre caché sous le lit... Tout lui revient en mémoire. Malgré son âge, il sent à nouveau cette terreur froide l'envahir.

Gaston tremble de tous ses membres. Ses mains s'agrippent aux pieds de la chaise, prêtes à donner l'assaut si nécessaire. Le tapis se soulève avec une lenteur insupportable. Il finit par former un petit plis digne d'un tunnel miniature.

 

À la lueur du feu de bois, une ombre est maintenant parfaitement visible sur le parquet. Cela bouge encore, faisant basculer le guéridon près du mur, ainsi qu'une petite lampe qui était posée dessus. Une main menue, aux longs doigts fins, fait son apparition, tâtonnant sur le parquet vernis. Gaston cesse de respirer. La sueur lui fait cligner des yeux. À chaque fois qu'il les rouvre, il en voit un peu plus. Un bras, une épaule, puis une seconde main se faufilent du tapis par l'ouverture. Cette attente est extrêmement effrayante, mais plutôt que de fuir , Gaston reste figé. La curiosité est plus forte que la peur...

Une pointe de chapeau jaune apparaît. Cette fois-ci Gaston panique. Cet être n'a rien d'une souris et il n'a aucune idée de ses intentions.

 

Brusquement, le tapis se soulève entièrement, bousculant tout le mobilier sur son passage. Gaston abat la chaise au moment où la pièce plonge dans le noir. Le tapis fou vient de briser le lustre...

Seule la lumière du feu de cheminée éclaire la pièce. Dans la pénombre, Gaston ouvre les yeux. Il avait donc perdu connaissance ?

Gaston est dans son fauteuil. La lumière est éteinte et le feu crépite dans la cheminée. Il serre contre sa poitrine le cahier coloré. Il se redresse doucement pour jeter un coup d’œil au tapis le cœur battant. Rien … Tout est à sa place habituelle. Gaston ne comprend pas. Tremblant, il se lève et pose le cahier sur le fauteuil. Celui-ci s'ouvre en touchant le tissu du siège mou. Les pages sont noircies d'un texte. C'est l'écriture de Gaston. Ce dernier ne se souvient pas de l'avoir écrit. Surpris, il se penche et lit.

 

L'histoire des lutins est terminée ! Un dessin est même là, après le point final !

 

Stupéfait, Gaston l'observe. Un petit lutin est là, qui semble le regarder aussi. Il a une main levée comme pour le saluer. Il a de longs doigts fins et un bonnet jaune. Le dessin est coloré, alors que Gaston n'avait que son stylo... Comment cela est-il possible ?...

Secouant la tête, le vieil homme se dit qu'il a du rêver. Peut-être est-il somnambule ? Il est déjà très tard. Fatigué, Gaston décide d'aller se coucher. Il cherchera à résoudre ce mystère demain.

 

Il quitte la pièce et monte rejoindre son lit. Sur le guéridon, près de la lampe, un petit bonnet jaune et pointu est posé. Gaston ne l'a pas remarqué...

 

A-t-il été oublié ?

 

Gaston s'endort rapidement. En bas, de petits pas résonnent dans l'obscurité de la nuit, ainsi que de petits rires joyeux...

 

 

 

Tag(s) : #Nouvelle

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