Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pour découvrir André Campos Rodriguez  (III)

La deuxième partie et la troisième partie de " Pour découvrir André Campos Rodriguez" comprennent  un choix de poèmes édités il y a quelques années et quasiment introuvables -  pour le moment...

 

 

 

 

 

                                                     Avant d'effacer...

 

 

1.

 

Lumière !

avait-il dit,

et le silence s'arc-bouta dans la nuit.

Un hibou brisa une branche.

La détresse de l'exil

se dénuda sous l'oubli

et tel un appel

vibra dans l'air

le bruit sec du drame.

 

 

 

 

2.

 

Il caressa toute une nuit

la langue des dieux

où l'isolait le monde.

 

Un horizon de rêves

masquait les marques,

les visages qu'une mémoire

lui avait légués.

 

Mais dans l'ombre se nouaient

de sourdes conspirations :

l'on chuchotait que le nomade

par dérobade portait,

cachée,

une étoile sur le flanc.

 

 

 

 

3.

 

Des arbres l'épiaient

à chaque pas ;

sur les crêtes,

par le bois exalté,

surgissaient des éclats.

 

Prisonnier de ses pensées,

il imaginait une autre vie

à la source des images.

 

L'insouciance

attirait les supplices

et, complices, ses monstres.

 

 

 

 

4.

 

Rien ne fut facile à percer,

pas même les brumes.

 

Déjouant les artifices,

l'œil percevait l'autre rive,

mais l'étendue opacifiait

les prémices d'un retour.

 

Même l'espoir

retardait ses vendanges,

loin des anges, le cœur

ne cueillait plus le feu qui sauve

et ses fruits mûrs.

 

Devenu l'orphelin de lui-même,

il égara sa blessure

dans les dédales du sommeil.

 

 

 

 

5.

 

Soumise aux violences du feu

et vêtue de tourments

s'approchait

une nuit carnassière.

 

Ensorcelé,

il se crut devin

des ténèbres.

 

Lié au pas

décidé de l'horloge,

il portait les desseins

sous l'ancestral

battement des légendes.

 

 

 

 

6.

 

Son miroir brisé

lui révéla une forêt

où s'abritait un étranger.

Il se trouvait à ce point dépossédé

que du monde le séparait

une immensité plus redoutable

que l'inépuisable ossuaire

de la mémoire.

 

 

 

 

7.

 

Surveillant chaque pensée

brisée parmi les rives,

les mal-morts ourdissaient des orages.

 

Où se trouvait pour les combattre

la lame trempée de la présence ?

 

Il arpenta sans fin

les roseaux gris et l'herbe ancienne,

toute la désolation des gouffres ;

 

et dans l'abîme de l'ombre,

il s'entendit implorer

le dieu de son enfance.

 

 

 

 

8.

                                                 ( à Alain Lemoigne

                                                 pour "Justice du Fruit"...)

 

Pour percer les secrets

de l'invisible, des étoiles,

le passant avait osé,

de la terre, le sacrifice.

 

Mère offerte à l'effritement

de ses mains, elle n'avait

servi que de chemin.

 

Il marcherait jusqu'à l'épuisement

pour frapper du verbe

chaque arbre, chaque rivière,

chanter pour l'aube

baignée de présence,

écouter comme une oraison

le murmure des forêts,

le message des cigales,

la ferveur des blés mûrs

et le songe des vignes.

 

 

 

 

9.

 

Comme preuve de son absence,

la terre conservait ses pas,

l'insouciant écho de ses errances.

 

Confierait-elle ses légendes,

ses mystères, ses appats,

à qui se révéla fils indigne ?

 

Il s'accorderait aux sources,

son souffle féconderait sa quête.

 

Terre,

pensait-il désormais,

maillon,

sceau du secret !

 

 

 

 

10.

 

Au pied des contreforts,

la nuit à la fougueuse crinière,

aux reins de feu,

se dénude.

 

Il n'est qu'un corps

traversé par la peur

d'une ancienne mémoire,

 

qu'un élan suspendu

que tout menace.

 

 

 

 

11.

 

Devant un cercle de lune

il entendit la chouette

annoncer une cohorte d'ombres

portant sur le dos

le givre d'un éternel hiver ;

 

chimères

aus lugubres incantations

qui s'avancent, à travers

des lueurs à peines consenties,

pour faire danser, danser,

danser,

la mort couronnée.

 

 

 

 

12.

 

Pour renaître sur l'autre versant,

devant ses ancêtres

il s'inclina puis promit,

en souvenir des martyrs et des innocents,

de dénoncer tous les crimes,

d'allumer dans la mémoire

un interminable chapelet,

d'énumérer toutes les sources perdues ;

puis qu'il pleuve ou qu'il vente,

dans la tourmente, de posséder

un corps contre l'oubli,

son âpre épine, et l'espoir

comme poudrière.

 

 

 

 

Les poèmes vont continuer à être publiés petit à petit tous les jours...

donc à suivre !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

Partager cet article

Repost 0