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Choix de textes

 

Tous les textes cités sont édités aux éditions Seghers.

 

 

30 Mai 1942

 

Il n'y a plus que toi et moi dans la mansarde

Mon père

Les murs sont écroulés

La chair s'est écroulée

Des gravats de ciel bleu tombent de tous côtés

Je vois mieux ton visage

Tu pleures

Et cette nuit nous avons le même âge

Au bord des mains qu'elle a laissées

 

Dix heures

La pendule qui sonne

Et le sang qui recule

II n'y a plus personne

Maison fermée

Le vent qui pousse au loin une étoile avancée

 

Il n'y a plus personne

Et tu es là

Mon père

Et comme un liseron

Mon bras grimpe à ton bras

Tu effaces mes larmes

En te brûlant les doigts

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

La soirée de décembre

 

Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir

Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?

Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre

Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains

Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate

D'une journée, le long des rives du destin !

Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez

Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés

Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus

Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?

Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi

De vous perdre sans cesse dans la foule

O crieurs de journaux intimes seuls prophètes

Seuls amis en ce monde et ailleurs !

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

Aller simple

 

Ce sera comme un arrêt brutal du train

Au beau milieu de la campagne un jour d'été

Des jeunes filles dans le wagon crieront

Des femmes éveilleront en hâte les enfants

La carte jouée restera tournée sur le journal

Et puis le train repartira

Et le souvenir de cet arrêt s'effacera

Dans la mémoire de chacun

Mais ce soir-là

Ce sera comme un arrêt brutal du train

Dans la petite chambre qui n'est pas encore située

Derrière la lampe qui est une colonne de fumée

Et peut-être aussi dans le parage de ces mains

Qui ne sont pas déshabituées de ma présence

Rien ne subsistera du voyageur

Dans le filet troué des ultimes voyages

Pas la moindre allusion

Pas le moindre bagage

Le vent de la déroute aura tout emporté.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Le chant de solitude

 

Laissez venir à moi tous les chevaux toutes les femmes et les bêtes

bannies

Et que les graminées se poussent jusqu'à la margelle de mon établi

Je veux chanter la joie étonnamment lucide

D'un pays plat barricadé d'étranges pommiers à cidre

Voici que je dispose ma lyre comme une échelle à poules contre le ciel

Et que tous les paysans viennent voir ce miracle d'un homme qui

grimpe après les voyelles

Étonnez-vous braves gens ! car celui qui compose ainsi avec la Fable

N'est pas loin de trouver place près du Divin dans une certaine

Étable !

Et dites-vous le soir quand vous rentrez de la foire aux conscrits ou

bien des noces

Que la lampe qui brûle à l'avant du pays très tard est comme la

lanterne d'un carrosse

Ou d'un navire bohémien qui déambule

Tout seul dans les eaux profondes du crépuscule

Que mon Chant vous atteigne ou non ce n'est pas tant ce qui

importe

Mais la grande ruée des terres qui sont vôtres entre le soleil et ma

porte

Les fumures du Temps sur le ciel répandues

Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !

Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !

Peut-être qu'un cheval à l'humeur insolite

Un soir qu'il fera gris ou qu'il aura neigé

Posera son museau de soleil dans mes vitres.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Destin du poète

 

Le soir qui bouge son oreille

Comme un vieil âne abandonné

Le dernier corset d'une abeille

Oublié sur la cheminée

La cloche triste de l'asile

Et le pas qui répond au pas

Dans la mesure où ce qui veille

Encourage ce qui n'est pas

L'oiseau qui tombe sur la pierre

Le sang qui tombe sur le cœur

La bonne pluie des réverbères

Qui donne à boire au malfaiteur

Le trou d'aiguille par où passe

Le fil ténu de la clarté

La bobine du temps qui roule

Sous les lauriers sous les sommiers

Mais se savoir parmi les hommes

En un présent aventureux

Une petite lampe à huile

Qui peut encor mettre le feu.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

    Un homme

 

    Un seul un homme

    Et rien que lui

    Sans pipe sans rien

    Un homme

    Dans la nuit un homme sans rien

    Quelque chose comme une âme sans son chien

    La pluie

    La pluie et l’homme

    La nuit un homme qui va

    Et pas un chien

    Pas une carriole

    Une flaque

    Une flaque de nuit

    Un homme.

 

Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)

 

 

 

Je t’attendais…

 

    Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires

    Dans les années de sécheresse quand le blé

    Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe

    Qui écoute apeurée la grande voix du temps

 

    Je t'attendais et tous les quais toutes les routes

    Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait

    Vers toi que je portais déjà sur mes épaules

    Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

 

    Tu ne remuais encore que par quelques paupières

    Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées

    Je ne voyais en toi que cette solitude

    Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

 

    Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie

    Ce grand tapage matinal qui m'éveillait

    Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays

    Ces astres ces millions d'astres qui se levaient

 

    Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres

    Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau

    Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères

    Où nous allions tous deux enlacés par les rues

 

    Tu venais de si loin derrière ton visage

    Que je ne savais plus à chaque battement

    Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même

    Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

 

Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)

 

 

 

La Fleur Rouge

 

A la place du ciel

Je mettrai son visage

Les oiseaux ne seront

Même pas étonnés

 

Et le jour se levant

Très haut dans ses prunelles

On dira: "le printemps

Est plus tôt cette année?"

 

Beaux yeux, belle saison

Viviers de lampes claires

Jardins qui reculez

Sans cesse l'horizon

 

On fait déjà les foins

Le long de ses paupières

Les animaux peureux

Viennent à la maison

 

Je n'ai jamais reçu

Tant d'amis à ma table

Il en vient chaque jour

De nouvelles étables

 

L'un apporte sa faim

Un autre la douleur

Nous partageons le peu

Qui reste tous en choeur

 

Qu'un enfant attardé

Passe la porte ouverte

Et devinant la joie

Demande à me parler

 

Pour le mener vers moi

Deux mains se sont offertes

Si bien qu'il a déjà

Plus qu'il ne désirait

 

La chambre est encombrée

De rivières sauvages

Dans le foyer s'envole

Une épaisse forêt

 

Et la route qui tient

En laisse les villages

Traîne sa meute d'or

Jusque sous les volets

 

Tous mes fruits merveilleux

Tintent sur mon épaule

Son sang est sur ma bouche

Une flûte enchantée

 

Je lui donne le nom

De ma première enfance

De la première fleur

Et du premier été

 

Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)

 

 

Louisfert

 

    Pieds nus dans la campagne bleue, comme un bon père

    Qui tient sa mule par le cou et qui dit des prières

 

    Je vais je ne sais rien de ma vie je vais

    Au bout de tout sans me soucier du temps qu'il fait

 

    Les gens d'aujourd'hui sont comme des orchidées

    Drôle de tête et les deux mains cadenassées

 

    Je marche dans le jour épais d'avant midi

    Pauvre fils de garce qui n'en a pas fini

 

    De mener ses chevaux sur la route sans ombre

    Qu'a grand'hâte et soif et ne salue personne

 

    Car j'aime ce village emmuré de forêts

    Et ses très vieilles gens comme des pots de grès

 

    Qui tendent leur oreille aux carrefours des routes

    Avec des mouvements qui font croire qu'ils doutent

 

    J'ai choisi mon pays à des lieues de la ville

    Pour ses nids sous le toit et ses volubilis

 

    Je vais loin dans le ciel et dans la nuit des temps

    Je marche les pieds nus comme un petit enfant.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Celui qui entre par hasard

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète

Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui

Que chaque nœud du bois renferme davantage

De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt

II suffit qu'une lampe pose son cou de femme

A la tombée du soir contre un angle verni

Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles

Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris

Car tel est le bonheur de cette solitude

Qu'une caresse toute plate de la main

Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes

La légèreté d'un arbre dans le matin.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

REFUGE POUR LES OISEAUX

 

Entrez n'hésitez pas c'est ici ma poitrine
Beaux oiseaux vous êtes la verroterie fine
De mon sang je vous veux sur mes mains
Logés dans mes poumons parmi l'odeur du thym
Dressés sur le perchoir délicat de mes lèvres
Ou bien encor pris dans la glu d'un rêve
Ainsi qu'une araignée dans les fils du matin
La douleur et la chaux ont blanchi mon épaule
Vous dormirez contre ma joue les têtes folles
Pourront bien s'enivrer des raisins de mon coeur
Maintenant que vous êtes là je n'ai plus peur
De manquer au devoir sacré de la parole
C'est à travers vos chants que je parle de moi
Vous me glissez des bouts de ciel entre les doigts
Le soleil le grand vent la neige me pénétrent
Je suis debout dans l'air ainsi qu'une fenêtre
Ouverte et je vois loin
Le Christ est devenu mon plus proche voisin
Vous savez qu'il y a du bleu dans mes prunelles
Et vous le gaspillez un peu dans tous les yeux
Refermez les forêts sur moi c'est merveilleux
Cet astre qui ressemble tant à mon visage
Un jour vous écrirez mon nom en pleine page
D'un vol très simple et doux
Et vous direz alors c'est René Guy Cadou
Il monte au ciel avec pour unique équipage
La caille la perdrix et le canard sauvage

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

LETTRE A DES AMIS PERDUS

 

Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de juin
Ont englouti votre visage

 

Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d’eux n’est revenu
Je continue à vous écrire

 

Tout le mois d’août s’est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j’ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez

 

Maintenant j’ai peur de l’automne
Et des soirées d’hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups

 

Venez donc car je vous appelle  
Avec tous les mots d’autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j’ai des trous noirs dans les ailes

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Pleine Poitrine, 1946

 

Si mes yeux si mes mains
Si ma bouche encor tiède
Si la terre et le ciel
Venaient à me manquer
Si le vent n’allait plus
Porter dans sa nacelle
Mes oiseaux et la part
Infime du secret
Si les tiges de blé
Qui ferment ton visage
N’éclairaient plus la route
Où j’avance à pas lents
Si ce poème enfin
N’était rien qu’un poème
Et non le cri d’un homme
En face de sa nuit
Mon Dieu serait-ce alors
Besoin de tant de larmes.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Les fusillés de Châteaubriant

 

Ils sont appuyés contre le ciel

Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel

Avec toute la vie derrière eux

Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule

Qui est un monument d'amour

il n'ont pas de recommandations à se faire

Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus

L'un d'eux pense à un petit village

Où il allait à l'école

Un autre est assis à sa table

Et ses amis tiennent ses mains

Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent

Ils sont bien au-dessus de ces hommes

Qui les regardent mourir

Il y a entre eux la différence du martyre

Parce que le vent est passé là ils chantent

Et leur seul regret est que ceux

Qui vont les tuer n'entendent pas

Le bruit énorme des paroles

Il sont exacts au rendez-vous

Il sont même en avance sur les autres

Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres

Et que tout est simple

Et que la mort surtout est une chose simple

Puisque toute liberté se survit.

 

Pleine Poitrine (1946) In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 

 

 

Testament

 

Dans le temps de ma vie

Je vous ai tout donné.

Sur mes mains, sur mon sang,

Je vous ai promené.

 

Pour vous plaire, j’ai dû

Me soulever du monde,

Eloigner mes poumons

Des cryptes enfumées,

 

Reprendre au jour nouveau

Son butin de solfège,

Et ses vitraux couverts

De graffiti, de neige

 

Peu d’années ont suffi

Pour voiler mon regard.

J’ai pâli, j’ai vieilli,

Mon coeur a fait sa part.

 

Dans la mansarde bleue

Qui me gardait des branches

J’ai vu mon front s’ouvrir

Sous une étoile blanche.

 

Que voulez-vous de moi,

Maintenant que je n’ai

Pas même, pour saluer,

La grâce des poneys?

 

Dans le cirque des mots

J’ai trop fait de voltige,

Trop d’oiseaux sont venus

S’appuyer à ma tige.

 

Je ne puis rien pour vous,

Pas même vous soumettre

A la lumière, au vent,

Au dernier kilomètre.

 

In Œuvres poétiques complètes, © éd. Seghers

 


 

Biographie

 

 

René Guy CADOU est un de nos plus grands poètes. Une vie très brève, une volonté farouche de ne pas « monter à Paris », une poésie aux thématiques liées à la nature, à la fraternité et à l’amour, mais aussi à la mort, un style poétique hors des modes ont marqué ses contemporains. Le poète a été salué par les plus grands dès ses premières publications, notamment Pierre Reverdy, Francis Jammes, Jean Giono, René Lacôte (critique littéraire aux Lettres françaises), et surtout Max Jacob avec qui il a entretenu une abondante correspondance. Avec Jean Bouhier, Michel Manoll, Luc Bérimont, Jean Rousselot et d’autres, il a fondé une « Ecole de Rochefort » (Rochefort sur Loire, en Anjou, entre Loire et Layon), mouvement d’amitié et d’échange poétique, « cour de récréation » et non « école » au sens normatif du terme. Né en 1920 en Brière, à Sainte Reine de Bretagne, fils d’instituteurs et instituteur lui-même, il a toujours vécu à Nantes et en Loire-Atlantique. Emporté par la maladie, il est mort à Louisfert (Loire-Atlantique, près de Chateaubriant) le 20 mars 1951. A Clisson en 1943, il avait rencontré Hélène, devenue dès lors l’immense amour de sa vie, célébrée notamment dans son recueil « Hélène ou le règne végétal » (Seghers 1951, réédité régulièrement). Il l’a épousée en 1946. Hélène Cadou est devenue elle-même un poète majeur de notre temps, éditée notamment par Jacques Bremond, Rougerie et Bruno Doucey. L’œuvre de René Guy Cadou comprend une trentaine de titres, rassemblés pour l’essentiel en un volume chez Seghers sous le titre « Poésie la vie entière ». Il a aussi écrit des nouvelles, un roman (« La Maison d’été »), de nombreux articles, quelques émissions radiophoniques. Les nouvelles sont éditées aux Editions du Rocher, avec une préface de Philippe Delerm. Michel Manoll a été son premier biographe, dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » chez Seghers. Hélène Cadou lui a consacré deux livres. De nombreux interprètes ont mis ses poèmes en musique : Gilles Servat, Julos Beaucarne, Môrice Bénin, Martine Caplanne, Marc Robine, Jacques Douai, Eric Hollande, Robert Duguet, Michèle Bernard, Manu Lann Huel, Véronique Vella, Colombe Frézin, Gaël Macho, Paul Dirmeikis. Daniel Gélin lui avait consacré un disque. Ses manuscrits, son immense correspondance, les nombreuses études universitaires qui lui ont été consacrées sont rassemblés à Nantes, au « Fonds René Guy Cadou », lié à la Médiathèque municipale, ouvert aux chercheurs, étudiants, et poètes, lieu d’animation et de pédagogie. L’école et la maison d’école de Louisfert , au sein de la communauté de commune du Castelbriantais abritent sous le nom de « Demeure de René Guy Cadou » un musée et de nombreux souvenirs.

Les éditions du « Petit véhicule » à Nantes éditent des « Cahiers Hélène et René Guy Cadou ».

 
 
 
 
 
 

Site officiel Hélène et René Guy Cadou.
Hélène Cadou a mandaté sa famille pour créer un site afin de mieux faire connaître René Guy Cadou et son oeuvre.

 

 

Bibliographie

 

Poésie, la vie entière" (Editions Seghers) 1976 intégralité de son œuvre poétique, avec une préface de Michel Manoll.
Michel Manoll, René Guy Cadou, Seghers, collection Poètes d'aujourd'hui, 1954, (réédité en 1958, 1963, 1969)
Hélène Cadou: Une vie entière - René Guy Cadou, la mort, la poésie, Éditions du Rocher, 2003.

Comme un oiseau dans la tête, Poèmes choisis, Editions Points, 2011

cadou

Tag(s) : #Poésie

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