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VÊPRES

(fragments)

 

 

                                              III

 

   Cœur propice, musique clémente, quelle

main

   Vous ensemence ? Quel spasme taraude

nos désirs ?

   L'eau de l'intime aubaine est brève en

nous,

   Et la stupeur nous gagne, enfants de riches

ornements !

   Nous témoignons pour l'horizon, le règne

voluptueux !

   C'est peu que de mourir d'amour, et c'est

assez que d'être,

   Radieuse fleur !  Ah, l'heureuse lueur des

quartz,

   Juste retour des liqueurs quand survient

l'urgence

   D'aimer ! L'urgence de boire à la source

du buisson ardent !

   Une régalade soutient nos actions de

grâce, un feu,

   Oui, une lente ferveur pour mériter les

dieux !

 

(***)

 

 

                                         LE  HAUT  LIEU

 

   Ayant allumée la lampe, elle s'est mise en

retrait, la mère, ce feu au contact duquel

l'âme s'irradie. Les pensées qui brûlent en

elle prennent source dans les recès d'une

confession grave, à la limite de la voix.

Autrefois, à l'heure où l'herbe des champs

s'abreuvait aux sources pleines de l'hivernage,

nous nous avancions vers nos mamans,

ces hauts lieux de la prière. Le cœur devant,

le cœur battant, appauvris par l'usure de

nos jeux, nous venions près d'elles rendre

grâce. Et, déposant les ombres de nos cœurs,

nous recevions l'éclat  - notre dû le moins

pesant.

   Nous ne savions pas encore prier. Mais

l'attente, près de ces femmes comme en des

seuils où des fontaines, paniques et saintes,

veut croître. La leçon était de se déprendre

de soi, d'oublier le temps, d'accueillir le vide

sur la place où, un instant plus tôt, un balai

sévère avait inscrit les signes patients de

notre quête : un plan d'eau, un empan d'âme

- droites sont les voies qui mènent à la

solitude.

 

 

(***)

 

 

                                LETTRE  À  MON  ÂME

 

   Les souvenirs attisent les saveurs de l'automne.

Le feuilles mortes

   Rentrent à leur port d'attache. Leur art c'est de

peser

   Quand rien ne nous pèse plus, le vin du monde

ayant dissous

   Toute soif... Je brûle d'aveu pour ce printemps de

Venise

   Que Tiepolo exaltait dans la résidence intime du

gris

   C'était un dégradé sans bavure, un dédale, des

embûches.

   Rien n'y fut connaissance et tout y fut solitude. Le

noir allait

   Au blanc comme au tiers invisible de leur rapport.

   Défaite fut ma volonté, défaite la pensée qui agite

les eaux.

   Il y avait la connivence de toutes les surfaces,

il y avait le roulis

   Des pointillés, le maillage des vagues sur un fil de jade

   Agréé à distance... Un fil agréé comme un Christ

absent

   Au corps, ce corps restauré à l'infini. C'était

comme une place ;

   Et mon âme était mûre de sa noblesse.

 

 

 

 

                    LETTRE  À HUGUETTE  &  ANDRÉ

 

   Nous avons bu votre amitié qui raisonnait

avec raison,

   Son front tutoyant de hauts rivages. Et

elle nous fut remède

   Contre le désespoir. L'amitié habitait

parmi vous :

   C'est peu dire que le cœur y était. Nus, la

peau parfois à vif,

   Nous remontions à des surfaces où les

plaies cicatrisent.

   Le plaisir le cédait à la caresse et le vent

frayait

   Vers vous de purs échanges !

 

 

 

(suite d'extraits de ce livre de poèmes prochainement sans doute...)

 

PASSAGE À L'INFINI a été édité par les éditions OBSIDIANE  en 1999 et a reçu le Prix Louise Labé de la Société des Gens de Lettres le 6 décembre 1999.

 

 

                       

 

 

                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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