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                            SOIR  D'AUTOMNE

 

 

 

                                             I

 

Longtemps, nous avons appris les cavernes

Des sens et les politesses du temps

Au sein de nébuleuses intervallaires ;

L'automne flatte la beauté des feuilles

Mortes. L'épure rythme leur danse ;

Accordé à la pluie, le cœur absout

Le dépouillement saisonnier.

 

D'une touche économe l'infini œuvre

Le grumeau d'oxygène. C'est la charge

Utile, le silence moisi d'une barque

Appelée désir et inscrite dans les mers

Intérieures, ce digne capitaine

D'un horizon magnifique. S'y répandent

L'or et l'argent des nuits marines. Ainsi dort

Le monde et s'agglomère la patience.

Sur la crête floconneuse des platanes,

Comme des rythmes sans paroles

Écume l'oiseau philharmonique.

 

Les manteaux ont été sortis des placards.

Dans les jardins, se faufile la noire silhouette

Des promeneurs. Les arbres, tels

Des vœux de silence, tressent le réseau

De branches avec la dentelle bleue du ciel,

Goutte de leur accord.

La saison exhibe ses preuves, ferveur

Des peupliers sur la colline.

 

Un feu brûle, gisement d'amour ;

Un feu caresse leur intime croissance.

 

 

 

 

 

                                             II

 

Le soir élève nos têtes. Le geste en est

Précoce. Il précède la touche nocturne

Des étoiles et le premier croissant de lune

Allumant le soir. La nuit brode le tissu

Où le gaz des voitures envahit

L'asphalte. Les trottoirs du ciel bordent

Des platanes émondés l'hiver dernier,

Et qui frémissent comme des êtres

Rompus aux déférences.

À l'espace inaudible de nos cœurs,

Les arbres confient des nuances de blanc,

La matière pensante du coton.

En eux, nous avons part à cette noblesse

Qui commerce avec la grâce résistante,

Cette feuille de tremble d'un cœur de poète

Livré aux éléments. Ballottés et enivrès,

Nous savons voir et prier tout près

Du gel rouge et or des phares,

Le ciel soluble de nos rêves.

 

Le temps a perdu tout l'aplomb.

C'est un boulevard des merveilles

Inondant les toits, les solitudes...

 

 

 

 

 

 

 

 

(suite d'extraits de ce livre de poèmes prochainement sans doute...)

 

PASSAGE À L'INFINI a été édité par les éditions OBSIDIANE  en 1999 et a reçu le Prix Louise Labé de la Société des Gens de Lettres le 6 décembre 1999.

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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