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Quand le jour cherche à tâtons ses muqueuses

après une nuit d'insomnie

- ce rire de la lune à pleine dents -

au moins sauras-tu que les coqs savent savent tourner les pages

de la pointe de l'ergot

lettrines bien articulées à la luette des clochers

que la plus belle histoire est celle qui efface tout ce qu'elle vient de

dire

 

comme la femelle du lampyre s'éteint

avant que ne s'épuise la lumière

que désirent à voix basse

les collines

 

Au-dessus de ces tractations roturières

sont-elles     les montagnes.

 

 

                                              ABSYNTHE

 

 

Donner du bois mort

était aussi bienvenu

que préméditer des fruits

 

La même intention d'accomplir

l'arbre dans le corps

la même assomption chaude et odorante

 

puis cette lumière étrangère

presque hostile

dans la cendre et les pépins

 

 

 

 

Près des jardins

de fossés remontants

poussent des roses trémières

 

Un enfant fait sauter

dans le creux de la paume

de très jeunes cailloux

 

Il habitue ainsi

sa peau tiède

à la pierre

 

 

 

Cette fleur d'os

qui grandit patiemment

entre les côtes

et qui n'appelle aucune abeille

 

nul ne prétend la faire tréssaillir

sinon le vent qui en charrie la graine

depuis la lune

 

Ainsi l'abreuvoir   saisi de tremblements

quand le troupeau des étoiles s'approche

et ses grelots de pluie

 

 

 

Grognement d'ours

- la neige sur les tuiles -

Combats de renards blancs

à la fenêtre

 

A coups de hache dans les granges

on compte les fruits qui n'auront pas lieu

L'odeur forte des baumes

plane au-dessus    comme un rapace

 

Et quand les nasses font craquer leurs jointures

près du fourneau de fonte noire

à bout d'arguments

le chemin hisse le pavillon de ses roseaux

et passe les menottes aux allouettes

 

 

 

Le brouillard s'agite

comme un nuage pris dans un bocal

 

La première paroi qui cède

est celle du lac

un peu plus solitaire que les autres

 

 

 

 

J'ai vu un merle

tant lissé par la pluie

qu'il paraissait plus noir

 

qu'une boule de suie    mon âme

 

une bille d'ébène

qui tenait dans la main

 

une erreur dans le bronze

coulée là par la pluie

 

rotule palpitante et surnuméraire

énouée des jambes du ciel

 

 

 

Parasol contre parapluie

on évite ce qui ruisselle

 

La pierre aura beau jeu

de nous prendre entre ses balèvres

 

 

 

Bien que le jour marche sur ses épines blanches

comme une forêt malade

 

que la terre exsude ses vergers

égorgés par les oiseaux

 

l'été porte à nouveau la cigüe à ses lèvres

 

Le plus inquiétant est encore

que le chapeau parti jouer sous la pluie

ne soit toujours pas rentré

 

 

 

Editions L'Age d'Homme 1990 / Prix de Poésie Max-Pol Fouchet.

 

Tag(s) : #poésie

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