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Les passants

De l’arsenal des fards
l’une s’approche au bord du soir
tandis que son amant
vole un pain miraculeux
et puis ses longues jambes
artificieuses frémissent
quand sur le pavé mouillé
passent d’illustres dandies
l’un laisse sur son épaule
une feuille morte tombée
de l’arbre qui n’a plus de voix
et lui non plus ne dit mot
parce qu’il pose pour l’histoire
le gris fin de son vêtement
attend la tache de sang
et son grand visage grec
ressemble étrangement
à celui qu’avait sa mère
au village de naguère.


 

 

In Exister, © Gallimard-Poésie p. 21

****

 

 

 

 

 

 

Les jardins Jean Follain, Exister

S’épuiser à chercher le secret de la mort
fait fuir le temps entre les plates-bandes
de jardins qui frémissent
dans leurs fruits rouges
et dans leurs fleurs.
L’on sent notre corps qui se ruine
et pourtant sans trop de douleurs.
L’on se penche pour ramasser
quelque monnaie qui n’a plus cours
cependant que s’entendent au loin
des cris de fierté ou d’amour.
Le bruit fin des râteaux
s’accorde aux paysages
traversés par les soupirs
des arracheuses d’herbes folles.


 

 

in Exister © Gallimard Poésie,  p. 33

****

 

 

 

 

 

 

 

La mort 

Avec les os des bêtes
l’usine avait fabriqué ces boutons
qui fermaient
un corsage sur un buste
d’ouvrière éclatante
lorsqu’elle tomba
l’un des boutons se défit dans la nuit
et le ruisseau des rues
alla le déposer
jusque dans un jardin privé
où s’effritait
une statue en plâtre de Pomone
rieuse et nue.


 

 

 

 

In Territoires © Gallimard Poésie p. 127

****

 

 

 

 

 

 

Paysage des sentiers de lisière 

Il arrive que l’on entende
figé sur place dans le sentier aux violettes,
le heurt du soulier d’une femme
contre l’écuelle de bois d’un chien
par un très fin crépuscule,
alors le silence prend une ampleur d’orgue.
Ainsi lorsque l’adolescent,
venu des collèges crasseux,
perçoit sous les peupliers froids
la promeneuse au frémissement de sa narine
émue par le parfum des menthes.
Toutes les lueurs des villages
se retrouvent dans le diamant des villes.
Dans un univers mystérieux
ayant laissé sur ses genoux
l’étoffe où s’attachait ses yeux,
une fille en proie aux rages amoureuses
pique de son aiguille le bout de ses doigts frêles
près d’un bouquet qui s’évapore


 

 

In Usage du temps suivi de Transparence du monde,© Gallimard, 1983, p.43

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Vie 

Il naît un enfant
dans un grand paysage
un demi-siècle plus tard
il n’est qu’un soldat mort
et c’était là cet homme
que l’on vit apparaître
et puis poser par terre
tout un lourd sac de pommes
dont deux ou trois roulèrent
bruit parmi ceux d’un monde
où l’oiseau chantait
sur la pierre du seuil


 

 

 

In Territoires, © Gallimard Poésie,  p. 131

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Les siècles

Regardant la marque du sabot
de son cheval de sang
le cavalier dans cette empreinte contournée
où déjà des insectes préparaient leur ouvroir
devina la future imprimerie
puis pour lui demander sa route
il s’approcha du charpentier
qui près d’une rose
en repos contemplait la vallée
et ne lirait jamais de livres.


 

 

In Territoires, © Gallimard Poésie,  p. 133


 

 

 

 

Bibliographie

Pour l’essentiel de son œuvre, les recueils Exister suivi de Territoires et Usage du temps ont été réédités dans la collection Poésie/Gallimard, respectivement en 1969 et 1983.

 

 

 

Internet

Tag(s) : #Poésie

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