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Voici un texte très émouvant du grand poète René Char pour ce 3ème jour... S'il le souhaite, j'invite amicalement Philippe Mathy à poursuivre cette chaine 5 poètes / 5 poèmes / 5 jours... Le but est de saturer le réseau avec de la poésie pour l'aérer un peu !

 

 

 

feuillet d'Hypnos 138

 

Horrible journée ! J'ai assisté, distant de quelque cent

mètres, à l'exécution de B. Je n'avais qu'à presser

sur la gachette du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé !

Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste,

des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux

en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là.

Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal

d'ouvrir le feu, j'ai répondu non de la tête... Le soleil

de juin glissait un froid polaire dans mes os.

Il est tombé comme s'il ne distinguait pas ses bourreaux

et si léger, il m'a semblé que le moindre souffle

de vent eût dû le soulever de terre.

Je n'ai pas donné le signal parce que ce village

devait être épargné à tout prix. Qu'est-ce qu'un village ?

Un village pareil à un autre ? Peut-être l'a-t-il su, lui,

à cet ultime instant ?

 

 

(extrait de feuillets d'Hypnos 1946)

 

Pour se souvenir...

1944, le 22 juin, le jeune poète Roger Bernard tombe aux mains des SS. qui l'abattent d'une balle dans le dos.

Un mois avant son exécution, il avait réussi à façonner clandestinement dans l'imprimerie de son père à Pertuis, dans le Vaucluse, une nouvelle plaquette du texte que Gilbert Lely avait intitulé "René Char". Roger Bernard avait 23 ans et appartenait aux F.F.I.

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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