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Petite étoile mauve sur le ciel pentu, d'un jour mat,

encore mouillée de la nuit qui t'a fait naître

ne crains pas si je t'approche, apprends-moi

infime et frissonnante, si loin dans ta faiblesse

la joie sans bruit, la grâce d'un seul rayon.

Comme un œil ouvert

sous l'épaisseur de sommeils qui remuent

sur tes claires transparences emmène-moi

plus loin que le cœur de la terre

plus profond que les lits du ciel

emmène-moi dans le frêle et pâle éternel

qui ne peut rien dire que d'éphémère.

Avant de t'éteindre

car tu ne dures qu'un matin, moins que de raison

entre mes doigts, glisse le secret de la vie précieuse

et rare, qui ne peut remplir qu'un instant

petite étincelle rose, lueur odorante

dans la campagne immense

qui n'existe aujourd'hui que pour te recevoir.

 

 

 

 

 

 

 

   Est-ce dans l'éternité - est-ce d'infini que tremblent les

arbres ?

   Là-haut, où sont les airs, la lumière, le nuage sans visage

qu'un souffle déplace

   s'il n'est point d'ange, l'aile du silence a remué.

   Voici l'heure intense où s'élance chaque instant, plus

haut que nos mains ouvertes, plus loin, plus près du ciel qui

bat sous la terre.

   L'étincelle court sur la nuée frémissante. Le grillon se

déplace invisible. Le jour brûle, criblé de milliers d'étoiles

remuantes... Sur l'azur, un pas nu quand soudain tout se

tait...

   Cette fièvre lucide - ce bouillonnement tranquille - cette

explosion infiniment alentie, amuïe, qui vient mourir sur

l'herbe des près, plus vive  que nos rêves d'un jour

   ce grésil - ce poudroiement - ces embruns de silence et

d'altitude

   cependant que les yeux cherchent vers les hauteurs

   du fond clair des airs, insouciante une fontaine se

déverse, un ruissellement incessant, d'eau ou de lave je ne

sais, comme une vie plus lente et plus épaisse, une clarté

sans bord qui circule sous ma peau

   jailli d'un fond étrangement proche et lointain, un sang

nouveau, un jour sans mémoire, entièrement bleu, sans faute

- sans tache - sans crime

   sans un murmure de mort.

   Haut peuplier, cierge de midi, je ne te lâche plus : plus

tendre que nos sommets et plus droit que tous nos élans,

tu miroites dans la lumière, limbes aspirés par le ciel... C'est

toute mon âme que tu portes au dehors, flamme au grand

jour, vivant étandard sur la muraille transparente, tout le

scintillement des flots entre tes doigts d'argent, le long de ta

chair ruisselante, masse vibrante tendue comme une flèche

vers la cible immense et bleue...

   Soleil éclaté, fruit mûr, en larges ruisseaux sur la pente

d'asphalte, les branchages dans les vapeurs d'un torrent de

feu qui emporte les larmes et les cris, les nœuds obscurs, les

deuils interminables, qui emporte tout dans le crépitement

silencieux de midi, les racines, les routes, les murs évaporés

   et me laisse nu

   noyé de clarté

   haut peuplier dans l'affollement des hirondelles.

 

 

 

 

 

éditions Le Castor Astral 2010,  112 pages /12 euros.

 

Tag(s) : #Poésie

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