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                                             Poèmes pour un visage

 

 

 

 

 

 

   Cette lueur sombre aux lèvres de l'horizon, claire pourtant, comme une palpitation

   c'est toi qui la dis, c'est toi qui la souffles, comme un signe furtif juste avant le jour.

    La montagne bouge et se retourne, quelqu'un était là et nous ne le savions pas

   son ombre plus haute que les arbres

   dans la nuit clairvoyante, juste avant le jour.

   Les feuilles noires et le vol d'oies contre le ciel brillant

   déplacent le monde d'un cran

   d'un pas infime sur l'échelle invisible

   où toute chose en tremblant se rapproche de ton jour.

   Tu disparais, tu t'élances dans l'immense

   tu te glisses sous la flamme palpitante

   quand le cœur s'enveloppe d'un éclat plus commun

   quand la pie bien haut bat les airs de ses petites mains

   quand frissonnent les milliers de feuilles soulevées

dans le petit jour déjà grand.

 

 

 

                                     Si loin

 

   Gonflée d'espace et d'un temps sans poids comme l'air

   une lumière portée jusqu'ici par la même vague bleue

 

   et l'ombre fleurie où s'enfonce le grincement infime de la porte

   la senteur et l'éclat de l'été par l'étroite fenêtre laissée ouverte

 

   peut-être sur mes tempes la même brise qui a voyagé et m'attend plus avant avec ce pas d'enfant qui patiente dans le silence luisant sur la céramique

   l'émail pâle de la baignoire, un oiseau au dehors, une heure immobile dans la chaleur

 

   et ce lieu d'ombre et de fraîcheur inemtamée

   qui cherche à me dire quelque chose d'autre que les âges

   peut-être le même silence que nous retrouverons au bout des jours.

 

   Cette fraîcheur qui me revient et grandit

   comme l'amande blanche à l'intérieur du noyau dur

   cet éclat qui remonte du cœur du jour ou des choses

   ce creux d'ombre mis à part dans l'été torride qui brûle les blés

 

   c'est l'âme qui se retourne, comme un dormeur dans les nuits dévorantes

   et cherche sa place

   loin au fond des images.

 

 

 

   Dans l'ombre du matin calme, le gris de la roche fond dans le courant. Le ruisseau d'argent

   balbutie les premiers mots d'un jour qui n'a pas encore de nom. Tu le trouves là haut

   sur la pointe la plus fine

   ou à ton retour, au bout piquant du chant d'oiseau

   qui t'attendait pour tout rasssembler sur le même fil.

   Le fût rectiligne. La paroi glacée des vertiges. Le long de ta colonne vibrante, dressé sur tes pieds

   tu peux maintenant étendre les mains.

 

 

 

 

   Le vif, le pur, à l'heure où l'azur se boit et se respire

   où la roche s'aiguise au bleu naissant

   nous voudrions le saisir, ne jamais l'oublier

   avec la pointe glacée aux transparences du ruisseau qui mord

   l'enfoncer dans notre chair, à la jointure des os déjouant ses ruses et ses croisées

   et reparaître une épaule plus haut, dans un regard vert et plein d'air

   d'une blessure aux arêtes ciselées qui saignent un sang neuf

   pour un désir simple, clair comme l'aujourd'hui de ce monde

   et vaste, bruissant aux lèvres des vallées qui s'ouvrent.

 

 

 

 

(à suivre, certainement !)

 

LE VIF, LE PUR / Poèmes pour un visage  /  LE PASSEUR ÉDITEUR, 2013

 

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