Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

1915 / 1983

 

Luc Bérimont aurait eu 100 ans cette année

Nous lui rendons hommage en nous souvenant de ses poèmes.

"Le sang des hommes" qui regroupe un choix de poèmes de 1940 à 1983

vient d'être publié aux Éditions Bruno Doucey.

(160 pages / 15,50 euros)

www.editions-brunodoucey.com

C'est un beau livre qui permet de découvrir ou de redécouvrir Luc Bérimont.

Je vous le recommande vivement !

Ci-dessous, voici un choix personnel de quelques poèmes...

A.C.R.

 

 

 

 

 

Le soir tombait

le sang des hommes tonnait comme

    le torrent gronde

J'entendais tout

Je savais tout

Je mangeais ton cri pour me taire

Je saignais et je rayonnais, partagé, muet,

    solidaire

J'écrivais des poèmes d'amour à la lueur

    insuffisante des incendies

 

 

 

 

 

Un feu vivant (1968)

 

 

Conforme à ta beauté nocturne

Tu ouvres le soleil de tes jambes aiguës

Tu permets à l'été de déflammer l'été

Il n'y a plus la soif et l'eau

Il n'y a plus fièvre et fontaine

Mais, tout ensemble confondu

Ce qui fait mal et son vainqueur.

Je marche dans un monde blanc

où brillent l'angle et la cétoine

Je m'unis à toi pour le temps

Jusqu'à la migration des pierres

Jusqu'à l'incendie des rivières

Jusqu'à l'âme, la chair de l'âme

Là où les corps ont leur envers.

 

 

 

 

De tes cheveux chauds sous ma main

Je fais le compte exact, j'offre le juste prix.

Un poids d'huile et d'or roux ruisselle au fond de l'ombre

Il n'y a pas de feu plus fier que ce brasier né de ta tête

Pas de torrent plus fort que la cascade convoitant tes reins.

Je pense aux cressons fous du sang

Aux étangs nus de la patience :

Une fleur aux millions de fils éclaire la nuit d'une averse

- Rappelle-toi que je t'attends

                     au rendez-vous de tes épaules.

 

 

 

Ma main posée sur la nuit rêche

L'ombre respire par ton sein

- Ton sein, tourbillonnant, aigu

Comme une étoile en eau profonde.

 

Ton nom, que je mords à minuit

M'ouvre au ruissellement des sèves

Aux miels farouches, sans saison

dans l'enchevêtrement des corps.

 

Si je tords l'été, ses feux mûrs

j'entends les cris du plaisir ivre

Comme est fou l'amour dans le noir

Comme (venant d'une autre rive)

Le gémissement d'un loup noir.

 

Si j'arque les reins du matin

Je te retrouve, lisse et lasse

Tel un bateau chargé de grains

Amarré au quai de ma vie.

 

 

 

De ma vie, je n'avais vécu

Ce feu vivant dans ma poitrine

Fondé sur son aire, et régnant

Mieux que le four sous le figuier.

De mes jours, je n'avais criblé

D'un tel ouragan de flammèches

la cavité du vieux sang noir

Cimentée depuis des mille ans.

De mes amours, je n'ai franchi

Ni tes sables nus, ni tes laîches

Ni ce corps que tu m'as donné

Aveuglant comme l'avenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

Partager cet article

Repost 0