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Il pleut sur les coqs de bruyère

il pleut sur les constellations de bouleaux blancs

il pleut sur les charrues matinales barbouillées

de terre glaise

il pleut sur le pain chaud au sortir des fours

visités d'un gros feu tranquille

il pleut sur le poitrail des chevaux rubiconds

il pleut averse sur la pelouse des toits lacustres

baignés de merles et de bouvreuils

il pleut sur les femmes obstinées à emplir les églises

par l'entonnoir des porches

il pleut sur les planchers d'aiguilles de sapins

sur l'escalier des mousses remuées de salamandres

il pleut sur le lac tranquille des âmes simples

il pleut sur les hommes lourds et muets

 

Je m'éveille

je m'assois sur les talus limpides

je m'installe sur la fesse des montagnes de laine

et je compte

je compte...

 

...Je vous parle du temps où l'on bâtissais des forêts

du temps où chaque fleur nouvelle-née recevait

des hommes le sel du langage

du temps où l'océan délivrait librement ses

permis de séjour

c'était du temps des remue-ménage d'abeilles

sous la coupole des ruches

c'était du temps où les chiens soucieux flairaient

tout le jour la vulve des juments

du temps où cette terre était hantée

d'un peuple solennel

 

hommes

j'ai compté

les jeux d'enfants sur les digues velues

les envols de vaisseaux gonflés de blés

les discours de prêtres absolus au seuil des

quais transparents

et les foules qui dévalent les torrents d'escaliers

les foules qui boivent la buée des digitales

les foules dévorées de vertiges

 

C'était du temps

où l'homme était un frère

pour l'homme

où les hommes se disaient bonjour

chaque matin

du haut de leurs échelles

du haut de leurs collines

où les hommes chaque matin

saluaient

le lait de la pluie...

 

... Hommes de mon pays

hommes de mon pays et d'ailleurs

hommes prophètes en leur pays

hommes de sperme et de vapeur

hommes extraits des ventres bondissants

taillant dans la plaine des fleuves navigables

hommes splendides fomentant des embrasements

de moissons sous les cheveux électriques de l'orage

vous avez mon cœur vous avez ma bouche

vous avez mon rire et mes yeux noirs

vous avez mon appétit d'aubes de cuivre au goût de

   sureau

mon appétit de femmes fécondes dans la pénombre de

   midi

mon appétit de justice

simplement

simplement

hommes rutilants qui vous débattez sous

l'agression mécanique des horloges

mettant à nu chartes civilisations et traités

apogées et massacres

vous vous brûlez les doigts à un passé toujours

chaud sous l'écorce...

 

... hommes ô hommes

hommes de soc et de sang

hommes décharnés dans la bulle des baies

halez vos barques fardées vers les feux allumés

sur les plages

hommes qui flottez en tronçon de beauté au ras

de la lumière

je fais l'éloge de toutes vos soifs

je fais l'éloge de toutes vos faims

il y a ceux qui forgent clairières au cœur des

forêts pour y promener leurs troupeaux cotonneux

il y a ceux qui prennent possession du fœtus

à la racine

ceux qui se laissent dissoudre dans leurs

descendances épaisses

ceux qui chantent sur les collines et nouent ensemble

les quatre éléments

ceux qui ornent les jardins publics de ruisseaux

clairs comme levers de soleil sur l'imminence

des plages bleues

ceus qui procèdent à des ordonnations de

fleuves souterrains

ceux qui déclament à tue-tête des poèmes bousculés

ceux qui sans rien dire versent l'ambre et l'étain sur les

villes manufacturées

ceux qui marchent dans la plaine en compagnie

de filles longues et clairsemées

 

... mes frères mes frères

hommes brûlants plantés d'épines

hommes tranchants à l'écoute des sismographes

hommes de mon pays

et d'ailleurs

buvez aux geysers de l'humanité

appareillez pour de grands hommes lourds de justice

rassemblez vos propos acérés depuis la pulsation des

   estuaires

jusqu'aux profondeurs de l'étable

hommes simples assis derrière vos tables vernie

hommes empêtrés de tabous et d'interdits

je vous entends poutant crépiter dans les flammes dévo-

   rantes

de l'esprit

hommes liges des talus en transe et des villages aban-

   donnés

hommes brodés urinant le long des fossés

hommes de vieille candeur célébrant les divinités aux

   joues roses et fanées

et vous aussi hommes des villes

collectionneurs de meubles et d'ustensiles

hommes émaciés pourrissant sur la muqueuse

des villes étrangères

vous partagez nos démangeaisons de liberté...

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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