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n

1947 / 1993

 

 

   On va toujours

   voir ce que l'on va voir, on va toujours ne laisser

   derrière soi que des cliquetis

   d'ossements,

   on va laver tous les affronts, la source sera neuve, et

nous,

   nous serons grands

   comme des hommes dans de la lumière, et nos

grottes seront très hautes,

   comme l'orage, et comme l'aube.

 

 

 

   ... Et tant d'enfants au fond des grottes, tant de

sentinelles attentives

   au retour des chasseurs,

   de ces grands traqueurs de charbon, portant dans

leurs regards l'au-delà du silence.

   Et tant d'enfants

   guettant leurs mots comme la foudre dans la nuit,

   le grisou dans la terre.

   Le vieux maître nous rattachait à de longues lignées

de roseaux, de blessures, à des trajectoires de pierres,

   à des amandes honorables, à des destins d'herbes

foulées aux pieds et à des fières renaissances.

   Et sa voix nous tenait

   groupés autour du feu sacré, pendant des siècles et

des siècles.

 

 

 

   On se maintenait par défi

   sur les chemins de ronde des orages, la tête dans les

éclairs, les pieds au centre de la terre,

   pour être à la hauteur de toutes les peurs.

   Et l'on

   toisait le monde hostile, le monde des révérences et

des gravats, on lâchait, sur les palais réels de toutes

villes imaginaires, des meutes d'yeux de biches,

   de grandioses raz de marée.

   Et l'on mourait debout, auprès du feu sacré,

   en proférant une dernière imprécation.

   Il était dit déjà, et une fois pour toutes, que nous ne

nous réveillerions jamais qu'au milieu des orties.

 

.

 

Prix de Poésie Max-Pol Fouchet  1993 / Editions L'Atelier Imaginaire, Editions de la Différence

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