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1947 / 1993

 

 

   O vigies par-delà les siècles,

   ô verbes au long cours... et nos poumons déployés

dans les arbres.

   Nous étions ibis

   ou chouette, ou scarabée, et des foules d'adorateurs

nous bâtissaient des temples,

   nous étions l'eau, et ses sommeils,

   et ses colères, nous étions faits de cette laine

   qui rend si douce la clarté du ciel, et nous portions,

   pour tout habit,

   le linge frais de l'animalité.

 

 

 

 

   Depuis son estrade,

   le vieil instituteur ordonnait tous les maléfices ;

quelquefois

   nous partions pour des guerres lointaines, tous nos

alliés étant de très vieux chênes,

   il nous faudrait prendre d'assaut des châteaux bien

plus noirs et bien plus fortifiés que la fureur

   et que la solitude,

   et nous marchions pendant des jours, en laissant

derrière nous

   une trace de charbons ardents, nous marchions

parmi des ruines, sous un soleil toujours couchant,

   comme il sied aux vainqueurs.

   Et le maître, sur son estrade, présidait aux

adoubements.

 

 

 

 

   Jeunes guerriers, sans cesse

   déjouant des embuscades de conjugaisons, des

pièges de plus ou de moins,

   chevaliers toujours en partance pour des croisades

de grand vent,

   nos territoires s'étendaient

   haut, très haut, dans la nuit,

   nos territoires s'étendaient très haut dans la

lumière.

   A jamais aux mains des étoiles !

   Nous n'étions en effet de pair à compagnon qu'avec

les plus hautes futaies...

   Et loin, loin en nous-mêmes,

   toutes les splendeurs de la mer,

   pour peupler nos sommeils

   et couvrir notre nudité.

 

 

 

 

 

   Ah ! ne vivre que sur la cime, occuper tout l'espace,

   comme les flammes, faire danser le silence...

   La mer pour tout bagage,

   l'algue et le sel, et la rondeur des pierres et la

rondeur du vent,

   les trésors des îles qui n'existent pas, les oiseaux

propageant dans les arbres et dans le ciel et dans la

profondeur de nos poitrines

   l'incendie de leurs chants, de leurs ailes. Tout

l'océan, tout le jeune océan pour reposer nos têtes

lasses, effacer les traces

   des pas, figès par la pesanteur de trop de sang,

effacer les traces des mots, coagulés par trop de sens...

   Tout le jeune océan pour y poser nos fronts

brûlants,

   et dans les profondeurs, à jamais,

   nos yeux, hors de portée des lapements.

 

 

Prix de Poésie Max-Pol Fouchet  1993 / Editions L'Atelier Imaginaire, Editions de la Différence

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