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1947 / 1993

 

 

 

   Nos bancs qui remontaient le temps et nos pupitres

   sur le toit du monde (que les hommes étaient petits

quand nous les regardions de là haut, accoudés !) ;

   sous leurs couvercles : des continents, grands

comme la page d'écriture,

   des fleuves en crues perpétuelles, des fleuves

paressant au long des nervures du bois,

   des éléphants grandeur nature, et des singes en rut.

   O tour des âges

   et des mondes, dans l'unique contemplation

   de la feuille qui tombe.

 

 

 

 

   On avait mille ans de jeunesse, on avait à nos pieds

le Tibet ou le Gange, on avait suspendu

   des jardins à nos cous,

   et des peuples de serfs

   venaient briser leurs chaînes dans nos mains.

   Et le monde était droit, comme la pierre qui tombe

de haut, le monde était

   prévenant

   comme est le vent qui porte le pollen,

   et chacun de nous l'explorait,

   dans le pli de son propre coude.

 

 

 

 

   Nos pupitres et nos bancs d'école,

   chevauchant

   la plus légère brume, ou bien tombant de la

dernière pluie,

   et nos appareillages pour d'incessantes migrations,

nos mouillages aussi

   dans les yeux de lointains ancêtres.

   Nous nous hissions en effet le long de leurs

vertèbres,

   jusqu'à accéder à la vue,

   jusqu'aux plus hautes tours de guet

   sur des îles peuplées d'oiseaux, peuplées de totems,

   des pays de danse et de verroterie.

 

 

 

 

  Prix de Poésie Max-Pol Fouchet  1993 / Editions L'Atelier Imaginaire, Editions de la Différence

 

 

Tag(s) : #Poésie

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