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Daniel Thibaut : le Verger mémorable (3)

 

 

 

Le monde en équilibre

à chacun de nos pas.

 

Plus rien ne se passe

en dehors de soi.

 

Sauf cette ombre

dans le noir

de l'ornière.

 

 

 

 

Que sais-tu du temps

sinon qu'il te traverse

durcit ton visage

et ralentit ton pas,

que sais-tu du temps

quand il passe le fleuve

a gué et sèche entre les arbres

où flottent les visages des ancêtres ?

 

 

 

 

 

Et la vie se déroule sans nous

dans la splendeur des jardins

quand des corps d'enfants

nous parlent d'insectes rêvés.

 

Nous marchons vers nos ombres

d'un petit pas fragile

- quelque chose qui ressemble

à une danse,

où notre mémoire se joue

dans l'instant,

les reflets.

 

On parlera de nous

comme une vieille histoire,

sans savoir si nous avons eu lieu,

si nous fûmes jamais habillés de nous-mêmes.

 

Tout se jouera dans le passage,

dans le refermement de grands feuillages

frivoles dans notre dos.

 

 

 

 

 

Dormir au fond du jardin,

remonter sur soi les couvertures du ciel,

attendre, attendre que le temps

casse sur nos épaules de lourds soleils.

 

Dormir dans le vent,

dormir dans la lumière,

jeter son visage dans l'éternité

comme un silex.

 

 

 

 

 

Cette ombre qui s'allonge

à l'aube du jardin

et grignote le temps,

touche à d'autres ombres

derrière le soleil,

vers nos pas voyageurs

et nos pensées profondes,

tourne, tourne lentement dans les mouvements

du monde,

cette ombre bleue dans le bleu de l'hiver,

nous retient aux cailloux,

à l'herbe provisoire,

gagne peu à peu vers la transparence.

(Les chemins brouillés dans la pluie

qui s'avance et déborde du ciel.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel Thibaut : le Verger mémorable (3)

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