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Alain Lemoigne : Justice du fruit (suite...)

 

                          32

 

Nul pas sous les feuillages

mais cette nuit rompue

l'abandon de ses bras.

 

Des cendres recouvraient le fleuve et les arsins

des remous prolongeaient la mouvance des rives.

 

Longtemps il implora

sur les hauteurs le soir se révélait un souffle

une voix près de lui divisait les ténèbres

tout retourne au secret

tout commence au-delà.

 

 

                          33

 

Ce corps qui se défait,

que l'ombre le rassemble !

Ma mémoire s'est emplie de tes yeux.

Ce fut l'unique joie qui d'un cri nous dénude

la tendresse des nielles apaisait nos paupières

le regard s'épurait au vent des peupliers.

 

 

 

                            34

 

 

Demeure ce qui fut promesse d'innocence.

Chaque aveu multiplie

l'amour qui m'a blessé.

Par le chemin qui monte et me fait écriture

chaque mot se durcit.

Il est dit que le temps pèse sur la mémoire

que dans le feu des sèves un visage remue

mais dans ma nuit seconde

les plaines ne sont plus qu'une errance de pierres

et les ruisseaux récusent la justice du ciel.

 

 (Extraits de  :  II  Le feuillage et l'épaule, dans le livre de poèmes  Justice du Fruit )

 

 

 

***

 

 

                                        1

 

Une gorge de femme montait de sa mémoire

ses jambes nues levaient une liesse d'épis.

Il retrouva soudain

l'éclair et la morsure

et d'un mot resurgit l'orobe de ce corps

tant de fois rencontré sous ses habits de paille

ses courbes ses regards et le nid de son cou.

Un vent noir de buissières s'entravait dans les ronces

et la terre n'était plus

qu'un seuil de pierres mortes.

 

 

                                          2

 

 

Qui me redonnera

la mesure du cœur

et l'arche de ton corps ?

Qui me redonnera

la ferveur de tes lèvres

cette saveur de miel de mûres et de menthe ?

La demeure de tes bras se voulait providence

et tes yeux me disaient l'attente murmurée.

Qui me redonnera

l'enfance de ton cou

le seuil de ta pudeur dans l'instance du jour

et le songe premier des corps qui se reforment

dans l'ombre réunie ?

 

 

                                          3

 

 

Terre éteinte

sentes indécises.

dans l'amble de ses bras

un même élan se brise

un rêve se répare.

Il remonte le fleuve

- une source repose sous la pierre d'oubli -

et reconnaît les aulnes

la volière des branches les souches  répandues.

 

 

 

                                         4

 

 

Rien n'altère le feu

car tout peut apparaître.

Il voulut s'approcher

des venelles d'orties divisaient le chemin.

Il choisit d'écouter la parole des arbres

et souhaita se quitter

dans un défeuillement

où le regard grandit.

La brise soulevait la poussière des chaumes

le sable sous ses pas préparait la légende.

 

 

 

                                         5

 

 

Rien ne saurait mesurer

le juste accord du jour.

Un liard signalait l'entrée dans l'autre nuit

un silence de lune luisait sur les écrues

des pierres désignaient une table d'offrande

le regard s'épuisait à s'étendre au-delà.

 

 

 

in Justice du fruit, Editions L'Age d'Homme, Prix de Poésie Max-Pol Fouchet 1989.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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