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(1940 / 1969)

 

 

Ohé là-haut les mondes bleus vos trognes d'or

En avant marche au travers les bourgs de la nuit

Et que ça saute avec l'harmonie turque ou maure

Des sphères beuglant fort le poète s'ennuie

 

Ah mais je suis tout seul sur la terre en sommeil

Entre les delphinuims aux cent vertèbres peintes

La neige craque encore aus profondeurs et veille

Où je devine d'un hibou les feux éteints

 

Alors je songe et songe depuis quand mon Dieu

Le soir a chu des ifs comme un épouvantail

Ou plutôt des pêchers et puis non fructueuse

La mort m'est demeurée moi qui n'ai sou ni maille

 

Et m'éveille à côté devinez à côté

De la mort qui n'est pas très belle vous savez

Qui ne fait pas l'amour au chien gris sans pâtée

Les mortelles non plus mon âme pas lavée

 

D'ailleurs c'est bien égal ce qui compte surtout

C'est pour l'instant ce poème où je crie je hèle

A l'adresse de la fanfare un s'il vous plaît

Qu'enfin ça joue dans les hauteurs qu'enfin ça joue

 

Oh demain je ne dis pas qu'au noir trente et un

Je ne puisse me mettre et bien rincé bien propre

Pas un grain de poussière on va dans les jardins

C'est dimanche cueillir l'orgueuilleux héliotrope

 

Les filles sont venues heureuses si heureuses

Un boisseau d'amidon roidissant leur jupon

Alors je songe et songe depuis quand mon Dieu

Que je les déshabille ici quand minuit sonne

 

Une fraîcheur m'éveille abasourdi froissé

Boueux maigri sur l'herbe du même jardin

Seul avec elle un goût de lèvres trépassées

Dans la bouche tout seul avec l'ombre défunte

 

Oh mon frère qui marche au-delà de la nuit

As-tu connu ce chant navrant que beugle un cor

Là haut le seul qui me réponde et ce soir pleure

S'en aille au loin sans moi qui suis pauvre et m'ennuie ?

 

 

Extrait de La Liberté des feuilles,

coll. "Le Chemin", éd. Gallimard, 1964.

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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