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                                                               (1940 /1969)

 

L'heure est dite d'abois dans les arrières-cours

Et de guenilles en sanglots sur les cordes du jour

Par le travers des lampes nues dans l'ombre noire

O reflet malingre d'un vieil été mémoire

D'un soleil en cendres sous les mains dans la nuit

Passé l'orgue de Barbarie où le temps bruit

Le malaise d'un chien la valise d'une âme

Emplie d'herbe lointaine et de cheveux de femme

Accoudé sur la table le ciel venu m'aider

A compter recompter feuilles mortes accoudé

Sur la table tremblante au fond d'auberges vides

Avec autour de moi pas mal de chopes vides

Et bien devines-tu j'en ai fini de mon espoir

A jamais je suis seul dans mon amour ce soir

Dans l'aube de la vie les montagnes de lumière

Aspiré par des tourmentes d'étoiles très claires

Au-dessus d'une transparence ornée de vergers bleus

Eclaboussant d'oiseaux qui sont comme tes yeux

Jusqu'à la cime la plus blanche le fol érable

Et ne viens pas me joindre au bord de cette table

Je n'y suis plus je suis parmi les neiges du futur

Pourtant je t'y attends tête tombée fruit mûr

Dans le bois mort de cette table où d'humides années

J'entends la pluie rouler ses renoncules piétinées

 

 

 

Extrait de Juste retour d'abîme, collection "Le Chemin"éditions Gallimard 1965.

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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