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Alain Lemoigne : ENTRER EN POÉSIE  5

Pour saluer et fêter le  "printemps des poètes", je vous propose ce texte à méditer d'Alain Lemoigne, qui est publié en plusieurs livraisons... et en voici la 5ème et dernière partie...

A.C.R.

 

 

 

 

   On entre en poésie comme on entre en religion. Une telle assertion, pour carrée qu'elle puisse paraître, ne présente aucun caractère systématique. On n'entre pas en poésie pour commettre de charmants exercices de gens lettrés ou se livrer à de futiles effusions, mais généralement pour s'extraire de soi. Si entrer en poésie équivaut à mes yeux à entrer en religion, c'est que l'on s'inscrit dans la relation, que l'on passe par le lien. Ce cheminement ne se justifie que s'il engendre d'autres perspectives et rend possible l'inauguration de l'être. C'est un pas initial, une des filiations à la verticalité. Même si j'ai toujours assimilé la poésie à l'imminence d'une révélation,    poète et poème restent selon moi de purs traits d'union, des focales d'une même optique panthéiste.

   Transformante, médiatrice, la poésie se présente dans son principe comme une naissance à la signification (naître à et surtout naître avec). En raison de son mode opératoire et de la nature de ses champs d'exploration, la poésie incarne une forme de hiérophanie : elle rappelle le phénomène par lequel le divin se manifeste au travers de son immanence tandis qu'il se cache dans sa transcendance car il est Tout-Autre. Elle prête sens, féconde la compréhension, active l'aptitude à percevoir et à réunir au point de se confondre en une montée graduelle. C'est pourquoi la poésie, dès qu'elle se pratique en pleine conscience, s'avère une échelle intérieure : elle permet de franchir l'opacité des choses et d'accéder à ce qui n'est connaissable qu'à l'instant même où on l'aborde. Elle conduit peu à peu à s'affranchir de l'écart qui nous retranche du Tout-Autre.

 

 

FIN

 

Publié dans le numéro 75 de RétroViseur Janvier / Février / Mars 1999.

 

(Le directeur de la publication était alors André Campos Rodriguez, votre serviteur, qui consacrait, par ailleurs  alors, son édito au poète Yvon Le Men, intitulé "En toute Celtitude"...)

 

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