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Alain Lemoigne : ENTRER EN POÉSIE  4

Pour saluer et fêter le prochain "printemps des poètes", je vous propose ce texte à méditer d'Alain Lemoigne, qui est publié en plusieurs livraisons...

A.C.R.

 

 

   Comme tout artiste, le poète ne saurait se dissocier de l'artisan ; et artisan, le poète l'est assurément en raison du savoir-faire à acquérir, de la nécessaire maîtrise d'un métier qui repose sur la restitution de l'idée ou de l'intuition de l'idée selon une médiation sensible ou, plus communément, une forme émotionnelle. La discipline que requiert le verbe fait de lui tout à la fois un géomètre, un architecte et un diamantaire car il s'agit de construire à partir du multiple - sensations, perceptions, images psychiques - en progressant vers le centre, le creuset où s'élabore l'efflorescence du poème. Si je considère le poète comme un marqueteur verbal - il assemble, compose, agence et organise le poème, de l'essor au détail, des pourtours à l'unité -, je reconnais en lui la main sûre du potier qui, face à son tour, guide l'argile grossière vers l'élan de l'intention, dégage de l'informe le projet dont il porte l'éclat. Dans sa poursuite de l'inexprimable, le poète au fil des ébauches se heurte à un persistant travail de polissage et de mise en place. De cette lutte avec la matière - et quelle matière que le langage avec sa complexité fuyante, ses déficiences et ses miroirs ! - il ne reste qu'une réponse en suspens, une tentative de jonction entre le dessein dressé et sa traduction, une sorte de mosaïque destinée à apaiser les tensions entre tous les contraires. Le poème se présente comme un intervalle et une alliance, une ouverture par laquelle s'opère le passage entre le dedans et le dehors. Comme un vitrail, il resplendit en se projetant, s'épanouit à l'extérieur de lui-même. Il existe de par son expressivité formelle mais ne s'éclaire que sous l'attention qui le traverse, ne quitte l'ombre sœur que sous le regard qui perçoit à travers lui. Le poème est un lexique translucide, un discours serti, un flux scellé d'images. Dans son labeur le poète procède par juxtaposition. Auteur, c'est-à-dire responsable de la chair et plus précisément de l'enveloppe, il assemble, ajuste, assujettit, dilate ou resserre son dire d'après une expression modelée sur ses intentions propres ou sur sa vision du monde. Ainsi le poème peut délivrer d'emblée une constellation d'émergences ou dire moins pour d'avantage signifier, se répartir par résonnances et se trouver à l'origine d'une multiplicité d'échos à la manière d'un caillou jeté dans le silence d'un sanctuaire. Il peut tout aussi bien se vouloir chant ou représentation rituelle, énonciation progressive, formulation fixant une proximité ou éternisant l'instant, déroulement d'un propos suscité par les fulgurances dont les symboles gardent greffe. Qu'il irradie ou focalise, le poème incarne toujours une relation qui le dépasse et le transfigure.

 

 

La suite et fin.... sans doute très prochainement...

 

Publié déans le numéro 75 de RétroViseur Janvier / Février / Mars 1999.

 

(Le directeur de la publication était alors André Campos Rodriguez, votre serviteur, qui consacrait alors son édito au poète Yvon Le Men, intitulé "En toute Celtitude"...)

 

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