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Gil Jouanard

 

 

Mettons à part, puisque du reste ils semblent le souhaiter, les adeptes obsessionnels de telle « spécificité » confessionnelle, retirons ensuite les fanatiques militants de telle ou telle idéologie (politique, sociopolitique ou corporatiste), laissons à leurs exclusives manies les « fans » vulgaires de tel club sportif, les exaltés d’un parti politique, les egocentriques monomaniaques, et, tolérons leurs prétendues opinions ou convictions, pourvu qu’ils ne créent pas entre eux, séparément, des ghettos, des zones d’exclusion d’autrui, des espaces de non-droit, des causes d’agressivité, des motifs de rejet méprisant. Qui restera-t-il avec qui on ait envie de commercer, d’échanger ?
 

Il restera ceux qui ne croient en aucun diktat, en nulle parole discriminatoire, en aucun être providentiel, en aucun communautarisme, en aucun réflexe d’intolérance, en aucune sorte de leurre.
Finalement, cela fera pas mal d’individus qui, pensant par eux-mêmes, ont un mal fou à se situer dans le cadre étroit d’une religion sectaire, d’un syndicat corporatiste, d’un parti politique obtus ou péremptoire, d’un club sportif chauvin, d’une association exclusivement centrée sur ses monomanies et ignorant le reste du monde.

 

Alors, certes, la tendance de tels individus sera de fuir tout thème « rassembleur », tout mot d’ordre, toute manifestation de la pulsion grégaire, tout ce qui semble de nature à faire se multiplier les groupuscules et les groupes de pression, les défilés, les processions, les prières collectives, les pétitions, les mobilisations de tout ordre (à commencer par la pire d’entre elles, celle des « hommes en âge de porter les armes », mais pas elle seule).
 

De tels individus ont peu de chances de constituer jamais un mouvement ou un raz de marée humain. Ils ne crieront pas « à mort » au passage de la charrette des condamnés ; ils n’auront aucun ennemi héréditaire ; ils ne lanceront pas des canettes de bière sur leurs semblables et ennemis jurés du club opposé au leur ; ils ne seront ni prosélytes ni voix d’à point dans les lynchages et dans les foules à calicots et à banderoles, ni constitutifs de masses hurlant avec les loups, ni foules empressées à faire la queue devant un cinéma pour aller voir un film dont les média ont fait leur favori et qu’il « faut avoir vu » à tout prix ; ils hésiteront souvent à voter pour tel candidat plutôt que pour tel autre, aucun n’étant tout à fait ce qu’ils auraient souhaité (mais le savent-ils au fond qui ils auraient souhaité pouvoir choisir, l’idée même que quelqu’un pût prétendre les « représenter » leur paraissant extravagante ?).
 

Etre convivial sans sombrer dans le travers du populisme ou du sectarisme, sans adhérer, suivre, rallier, c’est d’abord pouvoir réfléchir par soi-même, être capable de vivre seul, attendre d’autrui non pas qu’il nous serve le dernier slogan à la mode ou le mot d’ordre propagé par la foule ou par telle ou telle hiérarchie.
C'est attendre beaucoup des individus, à peu près rien des foules, des masses et des groupes.

 

 

Tag(s) : #Humeurs

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