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Céline Lapertot

 

 

"Dans la vraie vie je suis broyée, niée, exécutée, atomisée, pulvérisée, arrachée consciencieusement à ma terre, ne pas parler, ne pas parler, ça sert à quoi de parler, je me regarde, je me palpe, je ramasse mes petites ruines. C’est commode les petites ruines, j’en fais des paquets et je m’engraisse pour les trop grandes tristesses de l’hiver. Les ruines énormes, je tente de les oublier mais elles ne sont jamais bien loin, un rien les fera ressurgir et ça ne sera pas beau à voir. Puis il y l’autre vie, celle qui n’existe pas pour de vrai bien sûr que j’en suis consciente, celle que je rumine mes nuits dans mon petit coin de lit, lorsque j’étends mes jambes droite comme un i, les bras le long du corps et le ventre rentré sous les côtes, pour ne pas toucher sa peau à lui, le vrai. Dans l’autre vie je suis choyée, caressée, élue, protégée, choisie, c’est mon idéal, ma fleur fanée que chaque jour je ressuscite. Je me dope à ces petits riens qui font ma joie de vivre, je bois mon café, je cultive mes fleurs, je lis mes romans, Racine, Flaubert, Benjamin Constant, j’adore les héroïnes qui n’ont pas peur des hommes, ça me rappelle ce que je ne suis pas, je me maquille, aussi. J’aime bien me maquiller, c’est joli c’est propre c’est frais, je me cache à moi-même plus qu’aux yeux des autres et je m’en fous bien des autres. De toute manière, l’autre n’est plus. L’autre c’est lui, le vrai de vrai que je vomis, le pour de faux maintient mes chevilles droites, perpendiculaires sur mon sol en faux plaqué. Le pour de faux peuple certaines de mes nuits et d’années en années, se bousculent des décennies que je n’ai pas vues passer.
 

N’allons donc pas parler d’amour.
 

Mon cœur transi reste sourd parce que je me suis inventé des vies, des existences pleines d’amour, je les vois comme dans mes rêves et parfois j’arrive même à y croire. J’aime me tromper et quand j’ai la fièvre, je crois que ses mains qui me frappent sont des mains qui me caressent.
Ce sont des choses qui arrivent, ma femme chérie, des choses qui arrivent, qui se font et se défont.
Et je suis à la limite de l’aimer, je marche presque sur la ligne que je ne franchis plus jamais, tant cette phrase sonne bien comme une ritournelle de l’enfance. Alors je plane un peu parfois, beaucoup souvent, mais ça passe et toujours je souris. La façade. La préservation de tout ce qui constitue le socle de ma vie.

 

Céline Lapertot (mon fil, ma colonne vertébrale : la défense des femmes)

Tag(s) : #Humeurs

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