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André Campos Rodriguez : Six notes suivi de Océan
André Campos Rodriguez : Six notes suivi de Océan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SIX NOTES  en La mineur...

                                                                               suivi de OCÉAN

 

à Nimrod pour « Le Comptoir des lettres ».

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

Blancheur immaculée, offerte au silence où respirent les dieux, dis-moi où se cache ce qui doit surgir, briser l'unité, effacer l'immuable ?

Comment éviter que la toute première fois ne soit une chute radicale, un temps déjà mesuré, l'espace que l'on ferme ?

 

 

 

2.

Plongée obscure, aventure inaugurale où les repères n'ont plus cours, je redoute ta manifestation, cette bonne nouvelle qui cache la croix du drame.

Je t'invoque ô flamme – flamme et non plus torture, pour que sous l'aisselle la vie même ne soit plus perdue.

 

 

 

 

3.

 

À l'heure rétive où la vérité pointe sa glaciale justice, ah que nous sommes peu aidés et mal encouragés !

Qui peut oser cet Ouvert qui n'est qu'une dissolution, l'immolation consentie de soi-même, une première fois irréversible comme la mort ?

 

 

 

 

 

 

4.

Que les vieux démons, un instant, se taisent – avec l'orage de la peur, et le râle haineux d'une langue où s'empale le sens.

L'éternité ressemble à un gouffre, et l'automne à un pressentiment où des oiseaux néfastes migrent vers un ailleurs refusé.

 

 

 

5.

On pourrait croire que la première fois n'aime qu'elle-même. Elle ne peut laisser de place pour rien d'autre.

Elle s'imagine être la première – mais hélas aussi la dernière liberté.

 

 

 

 

 

6.

Devant le comptoir des lettres, il n'y a rien à acheter ni rien à vendre. Mais nous avons le bras long, l'œil aigu, et divers registres.

Voici du tabac, des épices et de l'alcool métaphysique. La première fois ne peut établir une balance comptable, un bilan.

 

 

 

 

 

 

 

OCÉAN

« JE SUIS est l'océan, et les égos individuels

des bulles évanescentes au sein de l'océan. »

Ramana Maharschi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

Je mesure devant toi, ô Mer,

notre fragile condition.

Mes yeux se sont perdus

dans ta profonde immensité

où se mêlent et s'affrontent

de multiples univers.

Parmi le bruit des flots,

j'évalue l'étendue

de l'énigme, de l'ignorance,

la prétention aveugle

et l'inconscience du monde.

La souffrance trouve-t-elle toujours

l'outil qui nous fore ?

Ô Mer souveraine,

on n'y peut lire

jusqu'au bout tes desseins.

 

 

 

 

2.

Si je me couche sur tes rochers,

entendrais-je les plaintes

de ceux qui se sont noyés,

les pas qui ouvrent

les longs couloirs de la mort

et qui trébuchent à l'approche

des miroirs glauques

de tes eaux ?

Cette nuit,

j'ai la tête pleine

de vagues déferlantes,

de fugaces visages

à la proue

de navires perdus.

La brume aussi

projette ses rêves :

des nefs disparues

aux bois grinçant.

Océan !

Épargne-nous ta cruauté,

un phare te le dit :

j'ai engrangé

des espaces sans limite.

 

 

3.

Mégalithes, golfes,

côtes sauvages

aux falaises déchiquetées,

grèves, dunes et plages

balayées par les vents,

presqu'îles découpées,

grands caps fouettés

par les embruns,

pointes rocheuses

affrontant les lames,

architectures tourmentées

de granite et de quartz,

cernées de récifs écumants,

semées d'écueils et de brisants,

de criques cachées,

et les Abers

qui cisaillent le paysage

pour une mer

primordiale

toujours plus profonde.

 

 

4.

Les flots partout se fracassent

en gerbes affolées –

sortilèges de pierre et d'eau –

et parfois s'alanguissent

dans des rades abritées

de l'aigreur des vents.

Ivres d'air et d'espace,

les hirondelles de mer

s'écrient longuement

tandis que passent,

côtières et hauturières,

de blanches voiles

de l'archipel de Glénan

que les mouettes surveillent

d'un vol méticuleux.

Ô étendues océanes !

Sous les plis de tes nuages,

surgissent des instants

gorgés

d'une intime présence.

 

 

 

5.

Flots parsemés

d'une poussière d'écueils

et d'îlots éternellement

frangés d'écumes.

La pointe dresse

une fascinante citadelle

de rochers ruiniformes,

de blocs énormes,

où du sommet

la vue plonge

à la verticale

dans un gouffre,

où la mer se rue

en grondant

et s'étend au loin

sur le littoral,

hérissés de récifs.

Aspirés,

sans but ni centre,

le cœur participe

à l'énergie du monde.

 

 

6.

Hardis promontoires,

capricieuses échancrures,

rades, estuaires, anses,

embouchures, ports,

landes rases, écrins

pour les flots...

À marée basse,

la mer déserte

les hauts-fonds

sableux de la baie ;

chevelures de noyées

des champs de goémon,

paradis

des fruits de la mer.

Depuis des siècles,

ô limon essentiel,

sans cesse tu célèbres

les grandes noces

de l'océan et de la terre !

 

 

 

7.

Le jour nu

s'offre à l'écume

où se noue

encore une vague ;

la houle annonce

le gros temps,

quand l'aile d'une alouette

signe l'inquiétude

et l'instant,

en son éclat,

donne un visage

au souffle.

 

 

 

Tag(s) : #Poésie

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